L'etat et ses quartiers de sylvie tissot

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  • Publié le : 25 août 2011
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I- PRESENTATION DE L’AUTEURE

Sylvie Tissot est maîtresse de conférences en sociologie à l'université Marc-Bloch (Strasbourg), membre du CSU (Cultures et sociétés urbaines) et du GSPE-PRISME (Politique, religion, institutions et sociétés : mutations européennes).
Elle travaille sur les politiques urbaines et la ségrégation socio-spatiale en France et aux Etats-Unis ainsi que sur lagentrification des quartiers anciens.
Elle travail en collaboration avec Pierre Tevanian, militant associatif français, avec qui elle fonde le collectif Les Mots sont importants et avec qui elle publie Mots à maux, dictionnaire de la lepénisation des esprits ou encore Stop quelle violence ?

II- L’OUVRAGE

Aujourd’hui, il y existe deux types d’approche pour répondre aux problèmes des quartiers sensibles:
- Une approche sécuritaire : lutte contre la délinquance et démolition des quartiers HLM
- une approche répressive : met l’accent sur la responsabilité individuelle plutôt que sur les facteurs sociaux de la pauvreté, renonçant à améliorer la vie des quartiers d’habitat social pour s’engager dans la destruction d’une fraction non négligeable de ces logements.
« Les changements de gouvernementsont pour beaucoup dans la nature des solutions mises en œuvre aujourd’hui » .
Selon l’auteure, cette gestion des quartiers sensibles par l’Etat aujourd’hui, ne date pas des émeutes de 2005 et ne correspond pas à une volonté de celui-ci de répondre rapidement et efficacement à une situation d’urgence et d’accumulation des problèmes sur ces territoires.
D’après elle, il y a eu une rupturedéterminante entre 1985 et 1995, période durant laquelle la gestion des quartiers populaires a été pensée d’une autre manière. A la catégorie de « quartiers sensibles », on reconnait à présent des « problèmes sociaux » spécifiques. C’est à cette période que l’Etat se focalise sur « les quartiers sensibles » avec pour mot d’ordre : « participation des habitants, restauration du dialogue et de laconfiance, réalisation de projet dans un esprit citoyen, valorisation de la proximité et du local comme gage d’efficacité et de démocratie, pratique de la transversalité et de la concertation entre partenaire » . On assiste donc, à partir du milieu des années 80, à une territorialisation de l’action publique et à une redéfinition des politiques sociales.
Partant de ce postulat, Sylvie Tissot cherche, àtravers son ouvrage, à répondre à la problématique suivante :
« Comment cette attention exclusive consacrée aux quartiers sensibles a-t-elle entrainé, entre 1985 et 1995, une redéfinition majeure des politiques sociales ? » Comment le quartier s’est construit comme une catégorie de l’action publique ?
Pour y répondre, elle réalisera une enquête à la fois historique et sociologique, en se basantsur des entretiens et une recherche documentaire, afin de retracer la genèse des conditions d’émergence de cette catégorie de « quartiers sensibles » et sur ceux qui furent à son origine pour, ensuite, en mesurer les effets sur l’action publique.

En 1990, le problème des banlieues est apparu comme problème social dans les productions médiatiques et dans les discours politiques suite auxémeutes de Vaulx-en-Velin :
A la suite de la mort accidentel d’un jeune, des affrontements entre les jeunes et la police ont lieu attirant l’attention des journalistes. Mais les articles de presses abordant ce fait divers vont se détacher petit à petit de ses acteurs pour exprimer une nouvelle question sociale celui du problème de la banlieue difficile réclamant ainsi, un traitement politiqueparticulier. Le cas des émeutes de Vaulx-en-Velin va monter en généralité passant d’un problème local à un problème national.
Lors des discussions de la loi d’orientation sur la ville en 1991, qui ont eu lieu à l’Assemblée Nationale et au Sénat, « le mot « quartier » a pris la place des « grands ensembles » et s’est imposé comme terme générique pour désigner l’ensemble des territoires à problème »....
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