L'etre humain n'existe pas

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  • Publié le : 1 juin 2010
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L’être humain n'existe pas

La question « qu’est-ce que l’homme ? » occupe une place privilégiée dans la méditation philosophique ; Kant la considère même comme l’interrogation fondamentale de la philosophie, au point que toutes les autres se ramèneraient à elle. En la posant de nouveau ici, nous ne prétendons pas être plus habiles ou plus “heureux” que tous les illustres penseurs qui nous ontprécédés. Nous pouvons en revanche apporter des éléments de réflexion dont ils ne disposaient pas, notamment dans le domaine de la biologie et de “l’histoire naturelle”. Qu’on ne voie pas là une tentative de substitution des données de la science moderne à la réflexion philosophique. Nous pensons seulement que « la vérité ne peut contredire la vérité » – pour reprendre une formule classique –,et donc que la recherche philosophique de la définition de l’être humain ne peut pas ne pas tenir compte des vérités scientifiques établies à ce jour qui concernent elles aussi cette recherche.

La thèse que nous soutenons ici, selon laquelle « l’être humain n’existe pas », doit, en dehors de son aspect volontairement provocateur, être comprise ainsi : il est en définitive impossible d’établirun ou plusieurs critères qui soient à la fois nécessaires et suffisants pour définir ce qu’est un être humain. Dire que l’être humain n’existe pas, ce n’est donc pas nier l’existence réelle d’hommes ; c’est refuser l’univocité des concepts d’“être humain” et d’“humanité”. Autrement dit, il se trouvera toujours une exception à une tentative de définition générale et théorique de l’être humain : àun critère prétendument nécessaire et suffisant d’humanité, qu’il soit physique ou mental, on pourra opposer l’existence soit d’un être reconnu comme humain auquel manque ce critère – dont la nécessité est ainsi réfutée –, soit d’un être qui ne peut raisonnablement pas être reconnu comme un humain, alors même qu’il présente ce critère – dont le caractère suffisant est alors réfuté.

Il s’agitici, on l’a compris, en examinant ce que l’on pourrait appeler les “cas limites”, de montrer que la frontière entre l’humain et le non-humain est beaucoup moins hermétique qu’on peut le penser spontanément, et que certains l’ont écrit. Cet examen se fera par des considérations traitant respectivement de la paléontologie, de l’embryologie et de la tératologie.



Le premier “cas limite” quenous nous proposons d’étudier concerne les origines de l’être humain. Ici, une question se pose d’emblée : où faut-il commencer ? L’histoire naturelle de l’humanité débute, traditionnellement pourrait-on dire, il y a un peu plus de quatre millions d’années. Pourquoi ? Parce que c’est à cette époque, d’après les résultats aujourd’hui admis en paléontologie, qu’apparaissent les australopithèques ;ceux-ci se distinguent des “grands singes” par le fait qu’ils marchent sur deux jambes. L’australopithèque – dont la fameuse Lucy, découverte en 1974 en actuelle Éthiopie, et vieille de 3,3 millions d’années environ – peut donc être défini comme « un singe qui marche debout », et rien de plus : il ne fabriquait pas d’outils, ne disposait pas du langage, et ainsi de suite. Nous admettrons que, sansfaire preuve d’un amour-propre excessif, l’être humain ne saurait se satisfaire de cette définition. Notons d’ailleurs que la bipédie des “pré-humains” ne fut pas une caractéristique apparue brutalement. Ainsi, l’Ardipithecus ramidus, dont le squelette fut découvert en 1993 à 75 kilomètres seulement de celui de Lucy, mais daté d’un million d’années avant elle, ne marchait qu’occasionnellement surdeux jambes – ou “pattes” ? – ; cette évolution prit des centaines de milliers d’années. La transition entre les grands singes et les hominidés fut donc continue. Il est ainsi impossible d’associer une étape du développement des ancêtres de l’homme à un critère qui permettrait de distinguer ces derniers des ancêtres des singes actuels.

On pourrait faire la même remarque concernant les étapes...
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