L'etude de genre

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  • Publié le : 6 décembre 2010
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L’ÉTUDE DES GENRES EN RELATIONS INTERNATIONALES

« C'est à travers les yeux des hommes que la fillette explore le monde et y déchiffre son destin[1]». Ici, Simone de Beauvoir résume l’essentiel de ce qui se posera en fondement de l’étude de genre. En effet, les femmes sont soumises à une domination masculine, factuelle, structurante, idéologique, reproductive, identitaire, etc. Autant depostulats qui servent de base aux critiques féministes qui remettent en cause une vision traditionnelle de l’étude des Relations Internationales, qui, pendant longtemps s’est intéressée principalement « aux échanges politiques et économiques des Etats, à la construction de la Nation, et aux conflits découlant de systèmes de recherche de pouvoir sur la scène internationale[2] », concepts jugésneutres ou masculinisés. A partir de ce constat, Didier Bigo et Jasmine Champenois tentent, dans leurs présentations, de mettre en valeur les critiques apportées par la perspective de genre en Relations Internationales, non sans toutefois reconnaître la complexité du projet. En effet, les approches sont nombreuses et diverses, tantôt convergentes et tantôt concurrentes, ontologiquement etméthodologiquement variées. Néanmoins, un projet commun les habite : s’émanciper d’une vision traditionnelle qui élude la notion de genre dans ses analyses, recadrer les questions de pouvoir dans des sphères jusqu’alors ignorées, et se faire reconnaître légitimement dans la discipline des Relations Internationales. Ainsi, et devant le manque de reconnaissance qui perdure encore vis-à-vis des études de genre,il convient de s’interroger : le « projet » féministe peut-il s’imposer dans la discipline ? Pour y parvenir, il devra réaffirmer ses objectifs et sa méthode (I), et relever le défi des concurrences interne et externe qui le mettent à mal (II)

I. LA PERSPECTIVE DE GENRE DANS LES RELATIONS INTERNATIONALES : OBJECTIFS ET APPORTS METHODOLOGIQUES

A. Un « projet » féministe

Rendre lesfemmes visibles, c’est là l’agenda des études de genre. Pour y parvenir, elles se dotent d’une méthodologie propre, où « le genre est un outil, un filtre qui permet de complexifier toute analyse »[3]. Mis en perspective à quatre niveaux (institutionnel, individuel, symbolique et en prenant en compte les rapports de pouvoir), cet outil se veut, comme le démontre en substance Champenois, à la foisdescriptif et analytique. Les féministes, pour compléter les analyses orthodoxes jugées masculinisées, proposent un renouveau ontologique qui mènera à des degrés d’analyse différents. La femme deviendra ainsi une catégorie ontologique en soi, qui sera partie prenante du processus structurant des sociétés, autrefois cantonnée à la seule sphère privée sans influence, opposée à l’homme, seul acteurpolitique, évoluant dans la sphère publique. La femme devient un sujet particulier, et vient contrebalancer la neutralité des concepts traditionnels (l’Etat, le système international, etc.)
Apposé à la femme comme catégorie ontologique, le genre devient lui aussi une catégorie analytique propre. Entant qu’il est un « outil d’analyse du pouvoir non déterminé biologiquement »[4], il se permet deconfronter les « masculinités » et les « féminités » (des concepts à la fois culturels, philosophies, ou historiques, et issus d’une construction sociétale) en action dans le processus structurant des sociétés. Ainsi, l’étude des genres ne fait pas du « sexe » stricto sensu l’objet contraignant par excellence, mais s’attachera plutôt à définir les normes qui motivent un comportement féminin parrapport à un comportement masculin, sans déterminisme corps/esprit. De cette façon, l’approche féministe tentera de comprendre comment la « masculinité » a rendu naturelle les relations de pouvoir, au profit des hommes, par une construction/reproduction socio-philosophico-historique.
Toutefois, les nouvelles catégories ontologiques créent un cadre analytique assez flou, et ainsi, l’approche...
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