L'homme est-il sujet ou objet de l'histoire ?

Introduction
Lorsqu’on soumet la notion d’histoire à la réflexion, des ambiguïtés apparaissent immédiatement sur le sens de cette notion mais surtout sur la responsabilité de l’homme dans le devenir historique. Sur ce sujet précis, on est tenté de considérer l’homme comme le principal auteur de l’histoire à cause du rôle déterminant joué par les peuples et les leaders dans les changementshistoriques. Pourtant le spectacle des tragédies qui jalonnent l’histoire inspire un tout autre sentiment : devant tant de victimes humaines, tant de dégâts et de désolation on a bien l’impression que l’homme subit le cours de l’histoire et qu’il n’est finalement que le jouet d’un processus totalement indépendant de sa volonté. D’où la légitimité de l’interrogation suivante : L’histoire dépendt-elle de nous ou s’impose t-elle à nous ?

I/ Précisions terminologiques
Le mot « histoire » revêt des sens divers qu’il convient, avant tout discours, de bien distinguer pour éviter toute confusion. Ainsi, dans un premier sens, le mot apparaît souvent au pluriel pour désigner des mensonges destinés à tromper ou à faire rire. On reproche alors à une personne de raconter « des histoires » et lemot est ici marqué péjorativement comme indice de fausseté. Cependant le même mot est employé au singulier pour désigner non plus un mensonge mais le récit véridique du passé humain. On parle alors de l’histoire de la Cote d’Ivoire par exemple et le mot est ici marqué positivement puisqu’il est synonyme de vérité. Néanmoins, étant donné que les faits passés ne sont plus, l’histoire les relatet-elle tels qu’ils se sont effectivement passés ou tels que l’historien les conçoit ? Ici apparaît le premier problème philosophique majeur posé par l’histoire. C’est la question de son objectivité en tant que connaissance scientifique du passé humain. Pour certaines opinions justement l’historien ne raconte que « des histoires » car rien ne garantit la conformité entre son témoignage et lesévènements. Aucune vérification n’est possible puisqu’il s’agit de faits qui n’existent plus. Même lorsque l’historien a été un témoin oculaire ou un acteur il est tenté de déformer les faits au profit de ses intérêts personnels ou des intérêts de sa communauté. Cette subjectivité de la connaissance historique est une porte ouverte à toute sorte de récrimination : l’histoire ne serait qu’une pseudoscienceet une idéologie servant à la manipulation et à la fanatisation des peuples comme le souligne l’essayiste français Paul VALERY (1871-1945) dans Regards sur le monde actuel. Et NIETZSCHE (1844-1900) d’ajouter, dans Considérations inactuelles, que l’histoire est nuisible à l’homme qui devient prisonnier du passé et incapable d’envisager autrement la vie immédiate ainsi que la vie future. Contrecette dévalorisation de la connaissance historique on ne cesse de souligner l’importance mais aussi la scientificité de l’histoire : d’une part, elle importante car elle constitue la mémoire de l’humanité comme le soulignait déjà le premier historien professionnel HERODOTE d’Halicarnasse (484-420 av J. C). Selon lui l’histoire est nécessaire « pour empêcher que les actions accomplies par les hommes nes’effacent avec le temps. » Sans histoire il n’y a donc pas de mémoire collective et par ricochet il n’y a pas de culture ni de civilisation. D’autre part, elle est, selon les historiens positivistes, une véritable science car elle s’appuie sur des méthodes rigoureuses (critique historique, carbone 14…) et des sciences auxiliaires (paléontologie, archéologie…) en vue d’établir une véritéobjective sur le passé humain. Elle n’est donc nullement une imagination de l’historien. C’est pourquoi dans De la connaissance historique, l’historien français Heni-Iréné MARROU (1904 -1977) souligne qu’il ne s’agit pas d’une narration du passé humain ou d’une œuvre littéraire visant à le retracer. Il s’agit plutôt d’une connaissance scientifiquement élaborée du passé, à la fois valide et vraie. Le...
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