L'homme est il un loup ou un dieu pour l'homme?

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  • Publié le : 22 novembre 2010
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L'homme est-il un loup ou un dieu pour l'homme?
 
 » Et certainement il est également vrai et qu’un homme est un dieu à un autre homme et qu’un homme est aussi un loup à un autre homme. L’un dans la comparaison des citoyens les uns avec les autres ; et l’autre dans la considération des Républiques ; là par le moyen de la justice et de la charité qui sont les vertus de la paix, on s’approchede la ressemblance de Dieu ; et ici, les désordres des méchants contraignent ceux-mêmes qui sont les meilleurs de recourir par le droit d’une légitime défense à la force, à la tromperie qui sont les vertus de la guerre, c’est-à-dire à la rapacité des bêtes farouches.  »  Hobbes. Du citoyen. Epître dédicatoire.
 
   Ce texte traite de l’ambivalence des relations humaines : l’homme peut être undemi-dieu (ou un dieu) pour l’homme ou au contraire un loup. Les énoncés de cette antithèse sont proverbiaux. Le premier est un proverbe grec (anthrôpos anthrôpou daïmonion), le second est une formule du poète latin Plaute (254-184): « homo homini lupus » qu’on trouve dans l’ Asinaria.
 
   Ces formules sont régulièrement reprises dans notre tradition intellectuelle.
   Erasme les commente dansses Adages, Montaigne les utilise pour souligner l’ambiguïté du mariage : «  Socrate, enquis qui estait plus commode prendre ou ne prendre point de femme : lequel des deux on face, dit-il, on s’en repentira. C’est une convention à laquelle se rapporte bien à point ce qu’on dict : homo homini ou deus ou lupus » Essais II, V.
   Spinoza s’y réfère dans le scolie de la proposition 35 de la 4e partiede l’Ethique.
   Freud cite Plaute dans son texte : Malaise dans la civilisation  et Bergson écrit dans : les Deux sources de la morale et de la religion : «  Les deux maximes opposées homo homini deus et homo homini lupus se concilient aisément. Quand on formule la première on pense à quelque compatriote. L’autre concerne les étrangers. »
 
   Il convient d’abord de souligner le caractèremétaphorique de ces proverbes, ensuite d’en expliciter le sens. Qu’entend-on par un dieu ou un demi-dieu ? par un loup ?
Hobbes propose une interprétation dans un jeu serré d’oppositions :
-         « l’un, là » renvoient au proverbe grec
-         «  l’autre, ici » renvoient au proverbe latin.
   Le premier vaut pour les relations de civilité, de citoyenneté.
   L’autre vaut pour les relationsentre les Républiques.
 
   Que faut-il entendre par là ? Hobbes fait une lecture politique de ce célèbre doublet, mais on peut aussi en montrer la pertinence en examinant la relation interpersonnelle.
 
I)                   Elucidation du proverbe grec.
 
   Dans l’idée d’un dieu les hommes pensent la bonté au superlatif. Ils se représentent une perfection, quelle que soit la vertu envisagée.En témoignent les expressions : « il est beau comme un dieu », «  il chante comme un dieu ».
   Dans l’antiquité on parlait du divin Platon. Dire que l’homme est un dieu pour l’homme revient à pointer toutes les situations où l’homme est pour son semblable une chance, une valeur suscitant l’admiration, la reconnaissance, le désir de lui rendre hommage.
   Ce grand bien, l’homme l’est pourl’autre affirme Hobbes dans les rapports de citoyenneté. Le citoyen est le membre d’une cité c’est-à-dire d’une société politiquement organisée.
 
   PB: En quel sens le jugement de Hobbes est-il fondé ?
 
  1) Seul l’homme est un être démuni, incapable d’assurer sa subsistance et de promouvoir les conditions de sa propre humanité. En revanche, par son insertion dans une société, à savoir dans unsystème de division du travail et d’échanges, l’homme parvient, grâce aux autres, à vivre une vie affranchie de la nécessité vitale.
   Collectivement, dans une société stable politiquement et prospère économiquement, les hommes peuvent jouir d’une auto suffisance qui leur serait refusée dans une vie sauvage. Aristote a souligné ce bienfait de l’existence sociale. «  Celui qui n’a besoin de...
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