L'homme inhuste peut il etre heureux

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  • Publié le : 7 décembre 2010
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Biographie

Socrate est né en 469 av J.C. à Athènes. Il était le fils de Sophronisque et de Phénarété, un ouvrier-sculpteur et une sage-femme. Ce sont là des métiers humbles. Humble Socrate le restera toute sa vie, à la guerre où il sera un simple soldat, comme dans son métier d’accoucheur des esprits, où aucun signe extérieur ne le distinguera du sophiste le plus ordinaire. Bien qu’il n’aitpas laissé d’écrits et que le succès n'ait pas été un souci pour lui, il s’est imposé dans l’histoire comme le philosophe par excellence, le parfait amoureux de la sagesse. En 399, il fut condamné à boire la cigüe par un tribunal populaire de la ville où il était né, qu’il avait toujours aimée et qu’il n’avait quittée que pour la défendre.

Il eut pour femme Xanthippe, dont la rumeur, accréditéepar l’histoire, veut qu’elle ait été une mégère, difficile à apprivoiser au point que Victor Hugo se demandera si Socrate était mort «en buvant en un coup la cigüe ou lentement Xanthippe». Mais Socrate ne fut-il pas lui-même la mégère de tous les Athéniens? Cet homme qui prétendait ne rien savoir, avait paradoxalement le défaut des convaincus: il était importun. Il doutait de tout en effet sauf desa mission de semer le doute pour orienter les esprits vers des vérités supérieures. Comme il n’exigeait pas d’honoraires, il se permettait de donner ses leçons sans attendre qu’on les lui demande. Certains devaient penser que l’humeur acariâtre de Xanthippe était la conséquence de l’humeur contrariante de son mari

«On le voyait, écrit un helléniste réputé, Maurice Croiset, errer à travers lesrues d'Athènes, du matin au soir, pauvrement vêtu, insensible au froid et au chaud, insoucieux de ses affaires personnelles, uniquement occupé de rendre ses concitoyens meilleurs. Il les allait prendre partout, sur la place du marché, dans les boutiques, dans les gymnases, et il les interrogeait à sa manière. Examen très sérieux. L'homme ainsi appréhendé se sentait d'abord séduit par l'humeurenjouée de son interlocuteur, par la grâce de son esprit; mais les questions se succédaient; elles devenaient pressantes, indiscrètes; on disait ce qu'on n'aurait pas voulu dire, on se voyait mis en face de vérités gênantes; il fallait avouer qu'on avait tort ou se contredire impudemment. On était pris, à moins qu'on ne se fâchât, ce qui n'allait pas sans quelque ridicule. Et Socrate ne se laissaitpas écarter facilement. Il ne se lassait jamais. Il tenait tête à tout le monde, et il avait toujours le dernier mot.» (PLATON, présentation de "L'Apologie de Socrate", Oeuvres complètes, tome 1, Société d'Édition «Les Belles Lettres», Paris, 1959)

Comment a-t-il pu se comporter ainsi jusqu’à l’âge de 70 ans? Il obéissait à la voix de sa conscience, comme le fera Thomas More, l’homme qui, dansl’histoire de l’Occident, lui ressemble le plus. L’un et l’autre ont préféré la mort à la trahison de leur conscience. Plusieurs l’aimaient. Dans certains milieux on l’appelait o eroticos, l’homme qui inspire l’amour. Quelques-uns, parmi les plus nobles, avaient une tendre dévotion pour lui. Ce fut le cas de Platon, le plus grand génie de tous les temps peut-être. Ce fut aussi le cas d’Alcibiade, leprincipal représentant de la jeunesse dorée d’Athènes. Il semble bien que ceux-là mêmes qui l’ont condamné, au tribunal populaire, auraient souhaité que leur sentence ne soit pas exécutée.

Ne soyons pas plus sévères pour ses juges qu’il ne l’a été lui-même. Imaginez les puissants d’aujourd’hui soumis, devant témoins, aux questions de Socrate! Aucune de nos universités, aucune de nos chaînes dejournaux, aucune de nos multinationales, aucun de nos États n’aurait gardé Socrate à son emploi. Simone Weil, une de ses disciples contemporaines, a été révoquée par l’Éducation nationale de France pour des actes inoffensifs par rapport à ceux dont Socrate avait l’habitude. La liberté d’opinion avait atteint dans l’Athènes du Ve siècle av. J.-C. un degré inégalé depuis. Les plus libres d’entre...
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