L'homme

Disponible uniquement sur Etudier
  • Pages : 6 (1319 mots )
  • Téléchargement(s) : 0
  • Publié le : 13 avril 2010
Lire le document complet
Aperçu du document
C’était écrit là-haut ». Telle était la formule favorite de Jacques le Fataliste, le célèbre personnage de Denis Diderot, en guise de réponse à tous les événements. Que son cheval prenne-t-il subitement le mors et se précipite dans une fondrière...c’est parce que c’était écrit là-haut que cet animal le mènerait à cet endroit. Que des malfrats l’attaquent, le rouent de coups avant de prendre sabourse, pas de quoi fouetter un chat...c’était aussi écrit là-haut !
Fataliste, le Sénégalais l’est aussi. Tout en ayant à l’esprit la difficulté de parler du Sénégalais, parce que chaque Sénégalais ayant une vie, un caractère et des croyances particulières, force est, cependant, de constater que le fatalisme est un trait de caractère largement répandu chez la plupart de nos compatriotes. Ici, touts’explique par le fameux « ndogalu Yalla » (la volonté divine). Que de matière aurait Diderot s’il visitait le Sénégal d’aujourd’hui ! S’il ne s’agit nullement pour nous de nier le Destin -auquel nous croyons foncièrement comme tout bon croyant !- il ne faut pas non plus systématiquement écarter la responsabilité de l’homme. Sinon à quoi bon servirait le jugement dernier pour récompenser ou punirles uns et les autres de leurs actes ?
Mais à la décharge de son personnage (et du Sénégalais ?), Diderot écrit : « C’est que faute de savoir ce qui est écrit là-haut, on ne sait ni ce qu’on veut, ni ce qu’on fait, et qu’on suit sa fantaisie (le Destin pour l’homme sénégalais, Ndlr) qu’on appelle raison, ou sa raison qui n’est souvent qu’une dangereuse fantaisie ».
Fataliste, le Sénégalaisl’est. Certes. Mais il en a bien d’autres traits de caractères. Dans un texte d’une profondeur psychologique remarquable, voici l’observation que le psychologue Mamadou Mbodj faisait de l’homme sénégalais lors d’une conférence organisée au lendemain du naufrage du bateau « Le Joola », pour « exorciser le mal qui est en chaque Sénégalais » : « aujourd’hui, le Sénégalais nous apparaît en positionpermanente de grand écart, empêtré qu’il est dans un ensemble d’attitudes, de comportements, de représentations, de croyances et d’aspirations fort contradictoires, comme si son seul salut était dans cet écartèlement manifestement si incommode. On a le désagréable sentiment que le Sénégalais a encore un pied plongé dans le passé, mais un passé marécageux et de sable mouvant où il a du mal à rester deboutet à garder l’équilibre ; tandis que l’autre pied, loin devant, cherche à se poser dans un futur hypothétique qu’il perçoit comme un mirage ».
Spectateur médusé ou potentiel émigrant
Depuis cette déclaration, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, mais le Sénégalais est resté inflexible, inoxydable face à la marche du temps. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a peu changé. D’ailleurs,ces propos du Pr Mbodj sont d’une redoutable actualité : « avec un tel écartèlement, il a du mal à saisir, à cerner le présent et le quotidien dont les lourdes contingences économiques, sociales et interrelationnelle, sont telles qu’il cherche à s’en échapper : soit en s’installant dans une position de spectateur impuissant, passif et médusé ; soit en cherchant son salut dans l’expatriation oul’émigration ; soit en plongeant dans les pratiques et réflexes irrationnels les plus insensés ; soit en se blottissant dans les tranchées sécuritaires magico-religieuses ; soit enfin en se lançant dans le labyrinthe politique et le plus souvent, aux côtés du plus offrant bien sûr ». Des propos qui ne manquent pas quelque chose de prémonitoire à la vue du comportement de l’homo senegalensis aujourd’huiencore ! Alors que selon le psychologue Serigne Mor Mbaye, « l’homme sénégalais est encadré par l’incertitude, il est déboussolé ».
« Quelqu’un d’intelligent »
Voyons maintenant quelle image le Sénégalais se fait-il de lui-même. « J’associe l’image du Sénégalais à l’intelligence. Pour moi, l’homme sénégalais, c’est quelqu’un de très rusé », explique Mamadou Bâ, étudiant à l’Université...
tracking img