L'illusion comique

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  • Publié le : 15 septembre 2010
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Commentaire composé Corneille, L’illusion comique (acte II, scène 2, v. 221-256) par Henri Guinard

Dans son « Épître préliminaire », Corneille écrivait : « Voici un étrange monstre [...]; le premier acte n’est qu’un prologue, les trois suivants sont une comédie imparfaite, le dernier est une tragédie, et tout cela cousu ensemble fait une comédie. » Ille « fait » d’autant mieux, ajouterons-nous, que la dernière scène, un happy end, consiste en un éloge du théâtre (V, 5). Le vieux Pridamant consulte un magicien, Alcandre, sur le sort de son fils Clindor disparu depuis longtemps (acte I). D’un coup de baguette magique Alcandre met en présence du père et des spectateurs Clindor devenu valet d’un capitaine fanfaron.

MATAMORE, CLINDOR CLINDORQuoi ! monsieur, vous rêvez ! et cette âme hautaine, Après tant de beaux faits, semble être encore en peine ! N’êtes-vous point lassé d’abattre des guerriers ? Et vous faut-il encor quelques nouveaux lauriers ? MATAMORE Il est vrai que je rêve, et ne saurais résoudre Lequel je dois des deux le premier mettre en poudre, Du grand sophi de Perse, ou bien du grand mogor. CLINDOR Eh ! de grâce, monsieur,laissez-les vivre encor. Qu’ajouterait leur perte à votre renommée ? D’ailleurs, quand auriez-vous rassemblé votre armée ? 230 MATAMOREMon armée ? Ah, poltron ! ah, traître ! pour leur mort Tu crois donc que ce bras ne soit pas assez fort ? Le seul bruit de mon nom renverse les murailles, Défait les escadrons, et gagne les batailles. Mon courage invaincu contre les empereurs235 N’arme que lamoitié de ses moindres fureurs ; D’un seul commandement que je fais aux trois Parques, Je dépeuple l’État des plus heureux monarques ; La foudre est mon canon, les Destins mes soldats : Je couche d’un revers mille ennemis à bas.240 D’un souffle je réduis leurs projets en fumée ; Et tu m’oses parler cependant d’une armée ! Tu n’auras plus l’honneur de vois un secons Mars ; Je vais t’assassiner d’un seulde mes regards, Veillaque : toutefois, je songe à ma maîtresse ; 245 Ce penser m’adoucit : Va, ma colère cesse, Et ce petit archer qui dompte tous les dieux Vient de chasser la mort qui logeait dans mes yeux. Regarde, j’ai quitté cette effroyable mine Qui massacre, détruit, brise, brûle, extermine ; 250 225

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Et pensant au bel œil qui tient ma liberté,Je ne suis plus qu’amour, que grâce, que beauté. CLINDOR O Dieux ! en un moment que tout vous est possible ! Je vous vois aussi beau que vous étiez terrible, Et ne crois point d’objet si ferme en sa rigueur, 255 Qu’il puisse constamment vous refuser son cœur

Avant d’aborder le commentaire proprement dit de ce passage particulièrement célèbre d’une scène qui ne l’est pas moins, il est nécessairede résumer la suite de la pièce : Clindor est épris (Matamore aussi) d’Isabelle pourtant promise à Adraste, et il en vient (lui, le valet !) à tuer son rival ; jeté en prison, il parvient à s’enfuir grâce à Isabelle (actes II, III, IV). Au cinquième acte les personnages sont métamorphosés en « grands » : l’aventure des actes précédents tourne à la tragédie. Mais il ne s’agissait — coup de théâtre— que d’un jeu de comédiens qu’on découvre se partageant la recette. Tout finit bien pour la plus grande gloire du théâtre. C’est de ce dernier qu’il s’agit en définitive, tout au long de la pièce, sous l’effet de la baguette magique d’Alcandre-Corneille : vertigineuse construction ! L’Illusion comique (1636) succède à cinq comédies, une tragi-comédie (Clitandre, 16301631) et une tragédie (Médée,1635, qui vaut à Corneille une pension de Richelieu), précède immédiatement Le Cid (1636-1637), pièce suivie de la fameuse Querelle du Cid où interviendra la jeune Académie française. 1636 est une année cruciale. L’Illusion, perçue d’abord comme un divertissement, obtient aussitôt le succès. Nous y voyons aujourd’hui une œuvre de réflexion quoique elle ait connu comme un regain d’intérêt, de la...
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