L'image dans ysengrin dans le puits

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  • Publié le : 25 mars 2011
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Traitement de l’image dans la branche IV du roman de Renart

Le roman de Renart est « un recueil de branches » écrites de 1171 à 1250, par une vingtaine d’auteurs différents. Les personnages principaux sont des animaux et le registre du roman se veut essentiellement comique. Le protagoniste est Renart, le goupil, véritable incarnation de la ruse de la tromperie et parfois même du mal. Il va depair avec son antagoniste : le loup Isengrin, personnage lourd et grossier, souvent trompé. Mais le roman n’est pas seulement un récit divertissant, il revêt une forte fonction critique : critique de la société féodale, mais aussi critique de la littérature courtoise. La branche IV quant à elle, n’a pas pour seul but la critique satirique de la société, elle nous incite aussi à réfléchir surl’homme en tant que tel. C’est du moins la lecture qui nous avons essayé d’en faire. L’histoire est assez simple : Renart après avoir chassé se rend près d’un puits situé dans la cour d’une abbaye, afin d’apaiser sa soif. Il est alors trompé par le reflet que lui renvoie le puits, et se confond lui-même avec sa compagne Hermeline. A trop contempler son reflet, il finit par tomber dans le fond du puits.Isengrin le loup arrive au même moment, et aperçoit dans le puits Renart et son propre reflet qu’il confond avec sa compagne Hersent. Il est pris de colère en voyant ainsi s’afficher devant ses yeux l’adultère. Renart s’adresse alors à lui et tient un discours mensonger dans lequel il prétend être mort et être descendu au paradis. Il invente alors un paradis dans lequel règnerait l’abondance, danslequel la faim ne pourrait plus exister. L’entrevue d’un lieu aussi idyllique incite Isengrin à monter dans l’un des seaux du puits ce qui permet à Renart -logé dans l’autre seau- de remonter à la surface car « quant l’une vient, et l’autre vait » (vers 154). Isengrin est retrouvé dans le puits par les moines de l’abbaye et est alors violemment battu. Malgré la simplicité de l’histoire, le textepropose un exercice stylistique magistral. Le symbolisme du texte est d’une richesse inépuisable. « La mouelle » comme l’appelait Rabelais est infinie et « le plus hault sens » n’est jamais atteint. Le texte entier est bâti sur des effets de miroir qui tantôt réfléchissent une image inversée du monde, tantôt une image grossie…Nous tenterons donc d’étudier l’ensemble du texte à travers ces effets demiroir, à travers l’image : en quoi ce texte est construit comme un diptyque dont les deux tableaux sont des images l’un de l’autre ? En quoi ce texte est lui-même image d’un avant texte ? Comment le sens de l’histoire s’élabore en étudiant la signification des reflets ? En quoi les personnages ne sont finalement qu’une image grossissante de la réalité ? Toutes ces questions nous montrent bienque l’étude du texte de la branche IV peut s’élaborer à travers le prisme de l’image. Dans cette optique, nous analyserons dans la première partie le caractère spéculaire de la branche selon 3 degrés : celui de la trame narrative en elle-même qui semble se replier sur elle-même, celui du sens du texte : le texte littéral est le miroir d’un sens métaphorique, et celui du discours proposé par letexte : une image du monde renversée. Le caractère spéculaire du texte ne s’arrête pas là, il s’illustre aussi dans la présence des intertextes, ce qui nous amènera dans une seconde partie à étudier l’intertexte narcissien en montrant comment la branche IV offre à son tour une interprétation du « fameux reflet ». Enfin nous étudierons comment le puits, le lieu précis dans lequel se forme l’image estutilisé comme support d’une double critique : celle de la fine amor, et celle du discours religieux.

I) La spécularité de la branche
1) Un récit en miroir

La branche IV du roman de Renart peut se décomposer en deux temps : l’aventure ou plutôt la mésaventure de Renart tombant dans le puits, suivie de celle d’Isengrin. On ne peut s’empêcher de remarquer que le schéma narratif de ces...
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