L'imaginaire de la ville dans les romans du xixème et du xxème siècle

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  • Publié le : 5 décembre 2010
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Quand Zola entreprend la rédaction de La Curée, entre 1869 et 1870, Gide naît à Paris. Mais quand Zola meurt en 1902, Gide  compose L’immoraliste qui lui vaudra bien après sa publication un grand succès. C’est donc quand Zola termine sa grande carrière d’écrivain que Gide entreprend de construire la sienne. Même si seulement quelques années séparent la rédaction des deux romans étudiés, lestechniques romanesques qu’emploient les deux auteurs sont différentes. C’est pour cette raison qu’il est intéressant d’analyser les différences et les ressemblances entre La Curée et Les Faux-Monnayeurs tant du point de vue des formes que des contenus. Nous essayerons donc de savoir si les deux auteurs s’attachent autant l’un et l’autre à faire une critique de la société de leur temps ou bien s’ils’agit seulement pour eux de remettre la ville elle-même en question? Pour répondre à cette question nous analyserons comment les auteurs mettent en place le décor de leurs romans : la ville parisienne ; puis quelles sont les moeurs des sociétés dépeintes afin de mieux comprendre en quoi consiste dans chaque roman à la fois la critique de la société mais aussi de la ville.  
  L’écriture zolienne estréputée pour ses nombreuses descriptions, qui ne sont pas de simples morceaux de bravoure. Au contraire, l’esthétique gidienne tend à dépasser la description en la supprimant. Aussi les descriptions de l’espace parisien sont-elles fondamentalement différentes chez les deux auteurs, ainsi que les quartiers en eux-mêmes. Cependant, les deux auteurs ont en commun d’excentré un de leurs personnagesprincipaux pour mieux mettre en valeur le reste de l’espace.
  Zola écrit dans Le Roman expérimental que « l’homme ne peut être séparé de son milieu, qu’il est complété par son vêtement, par sa ville, par sa province ». Il conclut quelques lignes plus loin qu’il serait donc impossible d’essayer d’expliquer « un seul phénomène de son cerveau ou de son coeur sans en chercher les causes ou lecontrecoup dans son milieu ». Pour lui, la description devient fondamentale pour que le lecteur apprenne à mieux connaître les personnages dont le narrateur lui parle. Dans la plupart des descriptions de La Curée Zola construit des champs lexicaux qui renvoient directement et implicitement aux traits de caractère des personnages, comme dans celle de l’hôtel Béraud du Châtel. Effectivement, quand l’auteurnous décrit le cadre de vie de l’ancien magistrat, on trouve nombre de mots qui insistent sur la présence abondante de la « fonte », du « fer », des « étoffes rigides », la « rudesse des planches ». Tous ces éléments contribuent à donner à l’hôtel de l’île Saint Louis une « nudité austère » et « l’apparence d’un cloître ». Il semble évident que tout ce vocabulaire renvoie au père de Renée quinous est présenté avant tout comme « sévère et froid ». Se faisant, Zola développe la fonctionnalité de la description puisqu’elle devient un indice des personnages par contiguïté. L’esthétique gidienne est toute différente, voire antithétique, puisque l’auteur des Faux-Monnayeurs refuse une description trop concrète des choses. Quand il transporte le lecteur à Saas-Fée, il ne donne que très peud’informations sur le milieu dans lequel évoluent les personnages. Bernard écrit simplement à Olivier que « ce qu’il y a de meilleur [à Saas-Fée] (...), c’est l’air qu’on y respire », qu’il y voit des montagnes et surtout qu’Edouard « trouve le paysage déclamatoire ». Gide ne considère pas que les lieux où il place ses personnages sont fondamentaux pour mieux comprendre leur personnalité. Au contraire,quand Gide parle d’un paysage, c’est uniquement en vue de montrer quel sentiment il provoque chez son personnage.
  Outre les méthodes de descriptions utilisées par les deux auteurs, La Curée et Les Faux-Monnayeurs ne décrivent absolument pas le même Paris. En effet les lieux principaux de que Zola s’attache à décrire sont tous situés à droite de la scène. Quand Aristide Rougon arrive de...
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