L'impact sociologique et le pouvoir des images de la real tv

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  • Publié le : 4 avril 2010
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Comment penser la télé-réalité, cette mise en écran obscène du grand déballage permanent ? Avant tout comme une sorte de «grande bouffe» télévisuelle qui signe notre entrée dans la civilisation de l'étouffement : au nom du remplissage impératif des antennes, un trop-plein d'images vides de sens aboutit paradoxalement à tuer le réel. Décryptage.

Plus près, toujours plus près. Depuis que latélé-réalité fait son cinéma et que la caméra DV (vidéo numérique) a fait son entrée en scène, on ne sait plus à quel saint se vouer pour ne pas être contaminé par la réalité. Le réel est mis à l'épreuve des écrans (1). Il est partout. Dans les séquences de «Strip-Tease», comme dans celles de «Koh-Lanta». Hier, du temps de Frédéric Rossif et de «La Vie des animaux», les critiques tentaient d'établirune hiérarchie entre le méprisé «docucu» et le documentaire «de création». Aujourd'hui, les concepteurs de télé-réalité sont en passe d'être considérés comme des auteurs. Les vrais gens font irruption sur les écrans. Ils sont juge et partie. Le point de vue du réalisateur se confond avec le sentiment de ces modèles de vie. Il y a les nuls, et les pas nuls ; le discours adolescent a pris le dessus.Sous les décombres de la représentation, seul un petit nombre rechigne. Misère symbolique, crient les uns ; voyeurisme, se lamentent les autres. Mais il faut se rendre à l'évidence. La vie en direct a gagné. La vie immédiate a vaincu la médiation.

L'insupportable, l'impitoyable, ont répondu à la demande. La démocratie sera participative ou ne sera pas. La télé sera interactive ou ne sera pas.L'opération «Loft Story» a réussi. Elle a déclenché des réactions variées, bien que la dominante fut sociologique et psychologique, rarement technique et anthropologique. Une génération élevée sous la mère aurait enfin appris à se connaître, selon le psychiatre et psychanalyste Serge Tisseron. «Pour la première fois, a déclaré Steevy à un téléspectateur, mon père a dit qu'il était fier de moi, etc'est tout ce que je voulais entendre.» Après Loana, le «debriefing» est devenu permanent. Il aboutit, selon Jean Baudrillard, «à l'enchaînement automatique des individus dans des processus consensuels sans appel».

Il est impossible en effet de regarder une émission de télé-réalité sans avoir droit à un grand déballage. Dans l'isoloir, les participants se confessent. Et sur les plateaux, lescommentaires vont bon train. Parfois, au château de la «Star Ac», à Dammarie-les-Lys, dans le 77, cela devient «trop délire». Les candidats trouvent la vie «hyperdure». Ils ne parviennent pas à contenir leurs larmes. L'émission terminée, il arrive aussi que les participants se rebellent. Un ancien candidat de «L'Ile de la tentation» accusait récemment TF1 d'avoir détruit son couple. Les éliminés de«Popstars» ont du mal à se réinsérer dans la vie active. Les éclopés du «Loft» se mordent les doigts.

Bienvenue dans "l'ère du remplissage" !

Dans la presse, on multiplie les enquêtes sur cette télé qui fait mal aux gens. On dénonce un jour, on constate un autre. Il y a même des lofteurs heureux. Les revues s'emparent de la question. «"Loft Story", "Le Maillon faible" ou "Star Academy"(...) mériteraient qu'on les décortique parce qu'ils nous disent ce qu'est la société et où elle va», affirme dans la revue Esprit Denis Olivennes, l'ancien directeur général de Canal+ (2). Des livres paraissent qui tentent d'élucider cet engouement de la jeunesse pour ce nouveau cauchemar climatisé. Les professeurs s'inquiètent de cette génération sous influence qui se précipite au casting de cesterribles émissions. Mais rares sont ceux qui prennent à bras-le-corps ce que le psychanalyste et juriste Pierre Legendre nomme tout simplement «le meurtre de l'image».

Un sociologue mal avisé annonçait il y a vingt ans l'ère du vide. On disait alors l'individu effacé. Nous voici maintenant pour de vrai dans «l'ère du remplissage». La réalité déborde de toutes parts, l'individu «explose» et...
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