L'interpretation scientifique a-t-elle des limites ?

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  • Publié le : 12 avril 2011
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§ 2. A ce stade, φ et science ont la même exigence, celle de la recherche du savoir ; après tout, Thalès de Milet, considéré comme le 1er présocratique, est autant un scientifique qu’un philosophe. Mais le mythe est plus satisfaisant que la recherche de savoir : il donne déjà des réponses toutes faites, qui organisent une représentation globale du monde, comme le montre F. Jacob. Dans le Mondede Sophie, J. Gaarder utilise une métaphore : si l’univers est un lapin, la plupart restent au fond des poils, bien au chaud, tandis que d’autres, plus curieux, remontent les poils pour voir ce qu’il y a au bout… On retrouve ici la fonction affective de l’opinion ) : le mythe donne un sens total et surtout non problématique, comme l’opinion. La Φ comme démarche générale est alors liée à la culturegénérale, dont elle serait l’interrogation synthétique. 

[§2bis. Extension. Elle ouvre à 3 dimensions au nom desquelles il est possible de contester les représentations sociales non interrogées, qu’on peut appeler idéologies, qui s’appuient sur ce qui paraît « naturel », et établissent des conceptions historiques provisoires, fonctionnelles et dominantes. A. La réflexion ouvre à un avant :cela s’oppose à l’ignorance envers ce qui est construit. Par exemple, il semble naturel que les jeunes enfants soient tenus à l’écart de l’information sexuelle ; or Louis XV enfant était « normalement » masturbé par ses nourrices, la pudeur sexuelle se construisant principalement au XIXe siècle. Rien n’est éternel, ni naturel. B. Elle ouvre à un ailleurs qui s’oppose à la peur de l’inconnu. Parex., il semble normal en Occident de se marier en blanc ; c’est pourtant le rouge qui est choisi en Chine. Naturel ? C. Elle ouvre à un autrement, ce qui permet d’affronter l’informulé. Un jeune garçon se sentant efféminé sera mal à l’aise en Europe ; en Thaïlande, le travestissement est culturellement valorisé.
L’absence de φ (ou tout aussi bien d’histoire, de culture plastique, de littérature, delangues étrangères, donc de culture générale) a des conséquences : la triple restriction de l’avant ignoré, de l’ailleurs inconnu, et de l’autrement informulé est une limitation du potentiel de vécu.]
§ 3. L’explication scientifique est donc aussi un objectif philosophique, qui fait de la philosophie et de la science des alliées, en ce qu’elles cherchent à étendre le domaine du pourquoi. Lepassage de la φ à la science s’est effectué sans solution de continuité. A l’époque de Thalès, tout recherche était philosophique : la recherche de savoir était aussi recherche de sagesse. Au XIXe encore, on parlait de « φ naturelle », et Lamarck intitulait son ouvrage sur l’hérédité des caractères acquis « φ zoologique ». La Φ paraissait alors la science suprême, celle de l’absolu, comme l’illustrel’arbre cartésien de la science, dont la tronc est la métaphysique. Mais la science a-t-elle pour but de remplacer son ancienne consoeur ?

Synthèse

§ 1. Les sciences humaines (sociologie, psychologie, démographie, etc.) prétendent expliquer les phénomènes humains. Peut-on expliquer les conduites humaines « comme des choses »? L’expression est de DURKHEIM. La prétention à expliquer lesfaits humains, et non seulement les comprendre, peut choquer, car elle semble invalider les notions de liberté, de souveraineté du moi, d’originalité, d’improvisation, d’exceptionnalité de l’espèce humaine. FREUD disait que l’humanité avait subi 3 blessures narcissiques avec les découvertes de l’héliocentrisme, du darwinisme et de l’inconscient : successivement, il a fallu détrôner la Terre,l’humain, puis le moi. Comme l’avait dit SPINOZA, l’h se croyait « un empire dans un empire », i. e. croyait échapper aux lois objectives de la nature par son statut de sujet, et raisonnait avec le finalisme.

§ 2. Au finalisme, Balzac réplique : « la nature sociale est une nature dans la nature » (Modeste Mignon). Mais peut-on vraiment objectiver l’h, i.e. trouver les mécanismes qui déterminent ses...
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