L'ironie

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  • Publié le : 20 juin 2010
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L’ironie

Trois approches
Nous pouvons considérer trois approches différentes de l’ironie:
1. Approche polyphonique (locuteur/énonciateur): Ducrot 
2. Approche de l’ironie comme emploi prétendu: Clark et Gerrig, Kumon-Nakamura, Glucksberg et Brown
3. Approche de l’ironie comme emploi échoïque: Sperber et Wilson

L’ironie selon Ducrot (1984)
Un locuteur (L) parle de façonironique lorsqu’il exprime, dans son énoncé, la position d’un énonciateur (E), sans la prendre en charge (L n’est pas assimilé à E) et en exprimant son caractère absurde. C’est cette attitude dissociative, adoptée tacitement par le locuteur, qui permet d’expliquer l’aspect paradoxal de l’ironie.

L’ironie selon Kumon-Nakamura, Glucksberg et Brown (1995)
Ce groupe de linguistes adopte la théorie deSperber et Wilson (1978), à savoir que l’ironie est à interpréter comme un écho à des pensées ou à des propos attribués, réels ou imaginaires, en ajoutant cependant deux conditions à la réalisation de l’ironie:
- allusion à une attente déçue
- faire preuve d’insincérité pragmatique

L’insincérité ironique consiste à transgresser certaines conditions de l’acte illocutoire. Ainsi, dans unequestion ironique comme:

1) Quel âge as-tu?

il y a violation des conditions de satisfaction d’une question. La question n’est en effet pas posée en vue d’obtenir une réponse.

Emploi échoïque et emploi prétendu
Wilson (2006) distingue deux façons de voir l’ironie: comme emploi échoïque, dans lequel le locuteur adopte implicitement une position dissociative par rapport à un énoncéattribué, soit comme emploi prétendu, dans lequel le locuteur feint d’accomplir un acte de langage en attendant de l’auditeur/lecteur qu’il y décèle une attitude critique ou moqueuse.

2) L’entretien s’est bien passé. (Marie après un entretien difficile)

Interprétation de (2) comme emploi échoïque (Sperber et Wilson): Le locuteur fait écho à une pensée ou à des propos antérieurement prononcéspar quelqu’un d’autre (du genre: «Tu verras, l’entretien va bien se passer»), ou par lui-même, pour en suggérer le caractère non pertinent et montrer sa désapprobation.

Interprétation de (2) comme emploi prétendu (Clark et Gerrig): Le locuteur prétend asserter que l’entretien s’est bien passé tout en attendant de son auditeur qu’il voit à travers cet emploi prétendu une attitude critique.L’ironie selon Wilson (2006)
Pour Wilson, l’exemple (2) est un cas typique d’ironie verbale qui s’analyse mieux comme emploi échoïque que prétendu. L’attitude dissociative du locuteur est fondée sur une divergence entre la façon dont le monde est représenté dans son discours et la façon dont les choses se passent en réalité.
Wilson commente une série d’exemples dans le but de démontrer que l’ironiene peut être interprétée comme emploi prétendu.

3) Le Doyen a parlé. L’université traversait une crise.

Ainsi, dans l’exemple (3), le locuteur ne prétend pas faire une assertion, mais veut simplement attirer l’attention sur une signification qu’il attribue au Doyen. Il s’agit donc d’un cas d’emploi interprétatif, et non d’emploi prétendu.

4) Jack: J’ai dîné hier soir avec Chomsky.5) Sue: Tu as dîné avec Chomsky? Qu’est-ce qu’il a dit?
6) Sue: Tu as dîné avec Chomsky? Est-ce qu’il est en Angleterre?

Dans les énoncés (5) et (6), Sue ne prétend pas asserter, ne feint pas d’imiter les paroles de Jack, mais elle fait écho à son énoncé en exprimant sa propre réaction par une attitude dissociative telle que la surprise (5) ou le scepticisme (6).
L’ironie est donc unsous-type d’emploi échoïque. A travers cet emploi, le locuteur exprime différentes attitudes dissociatives par rapport à une pensée ou à des propos attribués.

7) Marie et une amie ont regardé Pierre jouer un match de tennis. A la fin du match, Pierre qui a fait un mauvais score, vient leur dire (de façon sérieuse): «J’ai presque gagné.» Marie dit alors à son amie:

8) Il dit qu’il a...
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