L'oeil

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  • Publié le : 30 juin 2010
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Descartes, Lettre à Newcastle : pourquoi les animaux ne parlent pas
|" Enfin, il n'y a aucune de nos actions extérieures, qui puissent assurer ceux qui les examinent, que |
|notre corps n'est pas seulement une machine qui se remue de soi-même, mais qu'il y a aussi en lui une |
|âme qui a des pensées, exceptées les paroles, ou autres signes, faits à propos de ce qui se présente, |
|sans serapporter à aucune passion. Je dis les paroles ou autres signes, parce que les muets se |
|servent de signes en même façon que nous de la voix ; et que ces signes soient à propos, pour exclure |
|le parler des perroquets sans exclure celui des fous, qui ne laisse pas d'être à propos des sujets qui|
|se présentent, bien qu'il ne suive pas la raison ; et j'ajoute que ces paroles ou signes nese doivent|
|rapporter à aucune passion, pour exclure non seulement les cris de joie ou de tristesse, et |
|semblables, mais aussi tout ce qui peut être enseigné par artifice aux animaux ; car si on apprend à |
|une pie à dire bonjour à sa maîtresse, lorsqu'elle la voit arriver, ce ne peut être qu'en faisant que |
|la prolation de cette parole devienne le mouvement de quelqu'une deses passions ; à savoir, ce sera |
|un mouvement de l'espérance qu'elle a de manger, si l'on a toujours accoutumé de lui donner quelque |
|friandise, lorsqu'elle l'a dit ; et ainsi toutes les choses qu'on fait faire aux chiens, chevaux et |
|aux singes ne sont que des mouvements de leur crainte, de leur espérance, ou de leur joie, en sorte |
|qu'ils les peuvent faire sans pensée. Or, ilest, ce me semble, fort remarquable que la parole étant |
|ainsi définie, ne convient qu'à l'homme seul. Car bien que Montaigne et Charron aient dit qu'il y a |
|plus de différence d'homme à homme, que d'homme à bête, il ne s'est toutefois jamais trouvé aucune |
|bête si parfaite qu'elle ait usé de quelque signe, pour faire entendre à d'autres animaux quelque |
|chose qui n'eût pointde rapport à ses passions, et il n'y a point d'homme si imparfait qu'il n'en use|
|; en sorte que ceux qui sont sourds et muets, inventent des signes particuliers, par lesquels ils |
|expriment leurs pensées. Ce qui me semble un très fort argument, pour prouver que ce qui fait que les |
|bêtes ne parlent point comme nous, est qu'elles n'ont pas de pensées, et non point que les organes ||leur manquent. Et on ne peut pas dire qu'elles parlent entre elles, mais que nous ne les entendons pas|
|; car, comme les chiens et quelques autres animaux nous expriment leurs passions, ils nous |
|exprimeraient aussi bien leurs pensées, s'ils en avaient." |
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Commentaire
Plan :
1) "Enfin" à "faire sans pensée" : les conditions de la parole
a) "Enfin" à " passions" : problématique et énoncé des conditions de la parole
b) "Je dis" à "sans pensée" : explicitation
2) "Or" à "en avaient" : conclusion : seuls les hommes parlent (ie, pensent)
3 arguments qui répondent à des objections (voir détail)
Première Partie :
Pointde départ de Descartes : comment puis-je être certain de savoir que les autres ne sont pas des corps ou des machines, mais qu'ils pensent? Comment attribuer avec certitude la pensée à un autre être que moi? (pensée : conscience, esprit, ou bien idée, représentation, ie, chose pensante ou attributs de cette chose pensante?)
Ce qui nous permet d'attribuer la pensée à autrui, de savoir qu'il pense,c'est la parole. Dès lors, Descartes définit la parole comme expression et communication de ses pensées à autrui (pas comme expression de sa conscience!). Précisons que la parole ne suppose pas la voix car elle peut être remplacée par des signes : cf. sourds-muets
Suffit-il de voir quelqu'un parler pour être assuré qu'il parle véritablement? Pouvons-nous vraiment savoir quand il y a parole?...
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