L'ontologie oeuvre d'art

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  • Publié le : 12 décembre 2009
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Quelques remarques sur

l’architecture ontologique de l’oeuvre d’art[1]

Frédéric Nef

Institut Jean-Nicod & Institut Marcel-Mauss (GSPM)

(EHESS, Paris)

Deux approches extrêmement différentes de l’ontologie de l’œuvre d’art coexistent. La première, l’approche phénoménologique de philosophie de l’art se situe dans la tradition kantiennetelle qu’elle a été développée par l’idéalisme allemand (cf. M. Haar 1994, J.-M. Scheffer 1992). La seconde, l’approche analytique en esthétique rejette un certain nombre de présupposés de l’approche phénoménologique selon laquelle l’art est une quête de l’identité (Schelling), un type de connaissance intuitive de la réalité profonde (Schopenhauer). Cette approche est également extérieure àl’esthétique heideggérienne de l’avènement de la vérité dans un dévoilement de la terre contre le monde (objet de la science à la différence de l’art selon Heidegger). L’approche phénoménologique développe en général une conception de l’œuvre d’art dans une optique d’évaluation du dévoilement d’une vérité métaphysique plus originaire que la vérité scientifique ordinaire. En ce sens l’ontologiephénoménologique de l’œuvre d’art est solidaire d’une métaphysique du dévoilement qui fait de l’œuvre d’art le révélateur de la vérité profonde du monde. Il y a donc dans ce courant une solidarité entre l’ontologie de l’œuvre d’art et la conception métaphysique même de l’art comme révélateur de la vérité de l’existence. L’ontologie analytique de l’œuvre d’art renonce à cette circularité en miroir de l'ontologiede l’œuvre et de la métaphysique de l’existence. Elle considère cette conception de l’œuvre d’art identifiée à un dévoilement comme une justification interne de l’art qui n’a pas à être reprise dans l’ontologie proprement dite, qui a un but plus modeste, celui de décrire et d’analyser le statut et la nature des oeuvres d’art.

L’ontologie de l’œuvre d’art distingue la question de lanature de l’œuvre d’art, de son mode d’existence et de sa constitution. La question de la nature de l’œuvre d’art consiste à la penser dans l’ensemble des objets (cf. Wolheim) et dans la diversité de ses présentations, qu’il s’agisse des œuvres qui impliquent une exécution et ceux qui n’en impliquent pas. La question de la composition des œuvres d’art est liée à la précédente, mais elle estdistincte : obéir à tel type de composition c’est posséder telle nature ou telle essence, mais à un même mode d’existence peuvent correspondre plusieurs modes constitution (multi réalisabilité esthétique). Je voudrais poser ici la question de la composition des œuvres d’art en soutenant que leur structure ontologique est également un objet esthétique, comme les propriétés esthétiques prises isolément et quisurviennent sur les propriétés non esthétiques (cf. Nef 2006) . J’applique donc l’idée kantienne de réflexivité de l’art à la structure ontologique elle-même, dont Kant pensait qu’elle était inaccessible épistémiquement. Nous interprétons la nature radicalement réflexive de l’art moderne comme un dévoilement non d’une vérité de l’existence, qui elle devient problématique, mais de l’œuvreelle-même, ceci depuis les noms de Cézanne, Mallarmé, Proust… qui ont substitué à un système des Beaux Arts fondé sur l’esthétique classique une série de démarches retournées sur elles mêmes : peinture de la Peinture, poésie de la Poésie, littérature de la Littérature. L’hypothèse que l’on peut reprendre est que l’art a prétendu progressivement à dévoiler non son essence (puisque le nihilisme ambiantl’interdisait) mais au moins sa mécanique ontologique, ce qui est fort différent.

Je prendrai comme point de départ la définition de R. Pouivet :

« Une œuvre d’art est une substance artefactuelle dont le fonctionnement esthétique détermine la nature spécifique. » (2007, p. 66).

Je laisserai de côté les réserves que pourraient susciter l’usage de la notion de...
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