L'unité sémantique des termes

Pages: 36 (8892 mots) Publié le: 5 octobre 2009
L’unité sémantique des termes et la « distinction ontologique »

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Comment est-il possible qu’un même terme, un nom commun, puisse désigner une diversité d’étants, ou certains de leurs aspects, tous différents les uns des autres ? Sans doute parce que, bien que divers par leurs propriétés, ces étants ou leurs états se ressemblent, partagent une identité qu’envisageprécisément leur dénomination commune. Ainsi, si nous nommons jeux, les échecs, la belote, la marelle ou le football, ce serait parce que, en dépit de leurs différences, ces activités se ressemblent, et ce de façon essentielle puisque, ainsi nommées, elles répondent à la même définition. Telle est la thèse des tenants de l’unité sémantique des termes. – Cependant une telle thèse a-t-elle jamaisété pensée dans toute sa rigueur ?

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Tout d’abord, comment comprendre cette identité partagée par les référents d’un même terme ?
Soit le substantif : bâtiment. Considéré en lui-même, il est un complexe de sons qui porte la pensée à la considération de tels ou tels types d’étants, comme les immeubles ou les bateaux d’une certaine importance. Telle est la définition du signe : ilest un élément sensible qui renvoie la pensée à autre chose que lui-même, qu'il évoque précisément[1].
Si un même terme peut ainsi désigner des étants aussi différents, c’est soit parce qu’il néglige ce qui les différencie, ne les considérant que par leurs traits communs, soit parce qu’il les comprend selon une perspective qui ramène leurs différences à une identité essentielle. – Lapremière hypothèse a été soutenue par Locke dans son Essai philosophique concernant l’entendement humain, d’un point de vue empiriste, avec sa théorie de l’abstraction[2] : d’une manière ou d’une autre, les étants ne peuvent recevoir le même nom que parce qu’on néglige (on fait abstraction de) leurs différences, qu’on les considère seulement par les traits qui les unissent. – L’autre hypothèse consiste àsoutenir que le nom se rapporte aux étants sans faire abstraction de quoi que ce soit en eux, mais selon une perspective qui comprend leurs propriétés respectives selon le principe d’une ressemblance, d’une identité essentielle. Le cas serait assez semblable à celui des mathématiques où, par exemple, deux séries de nombres apparemment sans lien, ainsi « 2, 4, 8, 16 » et « 5, 10, 20, 40 », peuventconstituer une même progression, ou encore à celui de la logique où une inférence, une même forme logique, prend des contenus différents selon la valeur attribuée à ses variables. – La première hypothèse n’est pas recevable, non seulement, dans l’hypothèse de Locke, à cause de la difficulté à trouver les identités empiriques dont elle nous parle[3], mais avant tout parce que, contrairement à cequ’elle postule ou implique, c’est, quand on le nomme, la totalité de l’étant désigné, l’étant en tant que tel, que l’on considère. Cette dernière objection vaudrait également contre la théorie des Universaux attribuée à Platon, qui pose que l’Universel, toujours identique à lui-même, ne rend pas réellement compte du sensible, compris dans ses contradictions ou ambiguïtés, mais seulement de sarelative stabilité : les noms ne désigneraient donc jamais les étants en tant que tels, les sujets concrets, mais seulement les espèces transcendantes qui circulent entre eux et les affectent momentanément[4]. – Reste cependant, dans la seconde hypothèse, à définir cet X supposé identique en chacun des référents d’un même terme, cet X relatif à l’être propre des étants.
Un tel X, s’il existe,n’appartient pas à l’ordre du perçu car la perception est tout entière tournée vers la singularité des étants. Nous sommes ainsi renvoyés à une compréhension conceptuelle de la réalité (sans doute présente dans la perception, mais non thématisée comme telle) : cet X est l’objet d’un concept. – Mais de quelle façon mettrons-nous à jour ce dernier ? Conviendra-il pour cela de scruter le réel ?...
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