L'utilitarisme de john stuart mill

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  • Publié le : 5 avril 2010
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"En s'écartant, même sans le vouloir, de la vérité, on contribue beaucoup à diminuer la confiance que peut inspirer la parole humaine, et cette confiance est le fondement principal de notre bien-être social actuel ; disons même qu'il ne peut rien y avoir qui entrave davantage les progrès de la civilisation, de la vertu, de toutes les choses dont le bonheur humain dépend pour la plus large part,que l'insuffisante solidité d'une telle confiance. C'est pourquoi, nous le sentons bien, la violation, en vue d'un avantage présent, d'une règle dont l'intérêt est tellement supérieur, n'est pas une solution ; c'est pourquoi celui qui, pour sa commodité personnelle ou celle d'autres individus, accomplit, sans y être forcé, un acte capable d'influer sur la confiance réciproque que les hommes peuventaccorder à leur parole, les privant ainsi du bien que représente l'accroissement de cette confiance, et leur infligeant le mal que représente son affaiblissement, se comporte comme l'un de leurs pires ennemis. Cependant c'est un fait reconnu par tous les moralistes que cette règle même, aussi sacrée qu'elle soit, peut comporter des exceptions : ainsi - et c'est la principale - dans le cas où,pour préserver quelqu'un (et surtout un autre que soi-même) d'un grand malheur immérité, il faudrait dissimuler un fait (par exemple une information à un malfaiteur ou de maauvaises nouvelles à une personne dangereusement malade) et qu'on ne pût le faire qu'en niant le fait. Mais pour que l'exception ne soit pas élargie plus qu'il n'en est besoin et affaiblisse le moins possible la confiance enmatière de véracité, il faut savoir la reconnaître et, si possible, en marquer les limites."

Le problème du mensonge constitue un point focal de la philosophie pratique. Si l'humain peut masquer, dissimuler, agir de manière malhonnête, parler de mauvaise foi, tromper et rompre ses serments, les gouvernants ne peuvent guère lui accorder leur confiance ; aussi sont-ils fondés, comme l'enseignentMachiavel et Hobbes, à employer la violence et la manipulation. D'où le caractère paradoxal du mensonge que présente Mill : si l'individu ment, c'est sans doute en vue d'un avantage immédiat, et dans son intérêt ; mais à plus long terme, parce qu'il induit un durcissement du régime politique, tous les citoyens en pâtissent, y compris le menteur. Est-il donc dans notre intérêt de mentir ? et sinon, lasociété doit-elle châtier le menteur ? A cette question, Mill apporte une réponse nuancée.

Depuis le début du XVIIè siècle, les philosophes politiques s'accordent sur l'idée que la communauté politique naquit d'une entente unanime entre les individus (Mill adhère implicitement à cette thèse). Ce moment où les individus quittent l'état de nature pour devenir des citoyens dans l'état civil - oùchaque individu isolé adhère à une société en formation dont il va devenir, par l'acte même d'adhésion, l'un des membres - implique une belle unanimité, soit forcée par les circonstances (selon Hobbes), soit par une entente cordiale (selon Rousseau, qui nomme ce phénomène "volonté générale" dans Du Contrat social). Bien entendu, cette adhésion formelle ne peut s'opérer avec quelque réserve de la partdes membres, sans quoi elle perd son sens. Elle présuppose donc une confiance minimum entre les individus ; c'est précisément cette confiance que le mensonge vient ruiner.

Aussi Mill n'hésite-t-il pas à flétrir le mensonge, acte antisocial par excellence, puisqu'il porte atteinte à la condition sine qua non de la vie en société. Assurément, le menteur (l'enfant qui accuse autrui d'une bêtisequ'il a lui-même commise, par exemple) a le sentiment de poursuivre son intérêt immédiat (éviter la punition) : mais à plus long terme, il porte un coup fatal à la confiance mutuelle entre citoyens, ce qui fait du menteur un ennemi de la société tout entière. Kant avait déjà porté cette thèse à son paroxysme dans son oppuscule en réponse à Benjamin Constant Sur un prétendu droit de mentir par...
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