L 'espoir

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  • Publié le : 21 février 2010
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L’espoir

L’espoir est à première vue un sentiment des plus positifs : il repose sur la confiance tout en encourageant à agir tandis que son contraire, le désespoir, renvoie plutôt au pessimisme et à la passivité. On voit mal dans ces conditions ce que l’on pourrait condamner dans l’attitude de celui qui espère. Un optimiste a toujours l'espoir qu'une situation s'arrange mais je pense qu'unpessimiste c'est juste un optimiste qui a de l'expérience !
Nous espérons toujours, d’une manière ou d’une autre, ce qui va dans le sens de ce que nous croyons être notre intérêt individuel ou collectif, ou encore l’intérêt d’êtres qui revêtent pour nous de l’importance (ce qui peut aller jusqu’à l’humanité entière). Mais cela ne garantit en rien la légitimité de ce que nous espérons (par exempleune personne peut espérer la mort prochaine d’une autre dont elle a acheté le bien en viager…). D’autre part, comme tout sentiment, l’espoir se caractérise par l’absence de maîtrise que nous avons sur lui. Nous pouvons certes condamner l’un de nos espoirs qui nous semble, après réflexion, immoral, comme dans l’exemple précédent, mais pouvons-nous nous empêcher d’éprouver cet espoir ? En ce sens,même si l’espoir incite à l’action, nous sommes toujours passifs à l’égard de nos espoirs eux-mêmes, qui s’imposent à nous sans que nous puissions les provoquer, les modifier ou les supprimer. L'espoir est un désir qui porte sur ce qu'on n'a pas, c'est un désir qui manque de son objet.

Concernant plus précisément le fonctionnement de l’espoir, on peut remarquer qu’il repose toujours surl’ignorance, notamment à l’égard de l’avenir. Ce que je nommais confiance au début de ma planche prend alors un aspect beaucoup moins enthousiasmant. Car si l’espoir peut se définir comme l’attente incertaine de la réalisation d’un bien à venir (ou de la non-réalisation d’un mal à venir), il s’accompagne inévitablement du sentiment opposé ou plus précisément symétrique, à savoir la crainte, c'est-à-direl’attente incertaine de la réalisation d’un mal à venir ( ou de la non-réalisation d’un bien à venir). Par exemple,un étudiant ne peut pas espérer réussir son examen sans, en même temps, craindre d’être recalé. Cette nécessaire simultanéité doit donc nous amener à considérer que l’espoir n’existe jamais en lui-même, mais toujours sous la forme du couple « espoir-crainte ». En grec ancien le mot« elpis », l’espoir, signifiait aussi « la crainte ». Parce que la crainte, la peur sont désagréables, nous essayons de nous en débarrasser et parce que l’espoir est agréable nous nous y abandonnons. Mais avec l’espoir de nous approprier ce que nous désirons, se manifeste la crainte de ne pas l’obtenir. De même, ce que nous rejetons génère l’espoir de ne pas le rencontrer. Les deux fonctionnent ensemble,la crainte et l’espoir sont inévitablement présents ensemble. C’est ce que nous explique Spinoza dans la 3ème partie de l’Ethique « Il n’y a pas d’espoir sans crainte ni de crainte sans espoir ». Cercle fatal. Faux plaisirs, vraie souffrance : «  de l’espoir déçu naît une tristesse extrême » nous dit encore Spinoza, et aussi "l'espoir et la crainte sont des passions tristes qui diminuent notrepuissance d'agir". La crainte est tristesse et prison, l’espoir en sort et y retourne : labyrinthe. Chaque nouvel espoir n’est là que pour rendre supportable la non-réalisation des espoirs précédents, et cette fuite perpétuelle vers l’avenir est la seule chose qui nous console du présent. « Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous espérons de vivre… » nous dit Pascal dans ses Pensées. Dans sa chanson"Madeleine", Jacques Brel illustre bien à quel point l'espoir peut faire souffrir...

Si l’espoir n’est pas en lui-même garant de sa moralité (et s’il existe même des espoirs immoraux), s’il s’impose à nous sans nous laisser la moindre liberté à son égard, et si enfin il repose sur l’ignorance et s’accompagne toujours de la crainte, s’ensuit-il que l’espoir est un sentiment « mauvais »,...
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