L´immigration polonalise et la colonisation du sud du brésil

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  • Publié le : 16 août 2011
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Márcio de Oliveira*

L’immigration polonaise et la colonisation du Sud du Brésil1

es études sur l’immigration au Brésil ne s’éloignent pas des grands schémas qui expliquent l’immigration européenne vers les pays du Nouveau Monde. Il est possible d’y repérer deux modèles ni contradictoires ni forcément restreints à des cas particuliers. D’abord le modèle de l’immigration spontanée dans lequelles facteurs d’expulsion sont plus importants que ceux d’attraction. En termes macrosociologiques, l’industrialisation et l’avancée du capitalisme ont détruit les bases de l’économie paysanne et ont chassé les paysans, les incitant à partir [Gabaccia et al., 2006]. Le manque de terre et de travail, l’explosion démographique, l’image de l’Eldorado outre-Atlantique, les lettres d’encouragementenvoyées par les premiers arrivés, les avancées techniques des chemins de fer (permettant aux individus de se rendre plus facilement aux villes portuaires) et des paquebots (rendant la traversée moins coûteuse et plus rapide) figurent parmi les facteurs d’émigration les plus significatifs [Zolberg, 2006, p. 37-38]. Pour Torpey [2006, p. 22-25], s’y ajoute la « liberté de partir » (l’élimination desinterdictions de départs) et le processus d’émancipation des paysans (la fin du servage) de l’ouest vers l’est de l’Europe au cours du XIXe siècle. Ce concours de circonstances serait ainsi à l’origine de la grande diaspora des Européens vers les Amériques entre les dernières décennies du XIXe et le début du XXe siècle.

L

* Márcio de Oliveira est professeur de sociologie à l’Universitéfédérale du Paraná, Brésil. 1. Cette recherche a bénéficié du soutien de la CAPES/Brésil. L’auteur tient à remercier l’« Arquivo Público do Paraná » et le « Museu Paranaense », ainsi que Mr Ignacy Sachs (EHESS) et Mr Marcin Kula (Université de Varsovie) pour leurs conseils et critiques.

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Le deuxième modèle est celui de l’immigration subventionnée par les pouvoirspublics. Ici, la liberté d’entrer a été amorcée par des actions ponctuelles favorisant l’accès au travail ou à la terre (les nouvelles colonies agricoles) ou encore par des politiques destinées à attirer les immigrants. Diverses actions ont été mises en place en Argentine, au Brésil, en Uruguay, au Chili, au Canada et aux États-Unis, la destination préférée des immigrants [Green, 1994]. C’est bien cemodèle « portes ouvertes » qui explique l’arrivée des colons, aussi bien des familles que des individus seuls pour les provinces du Sud et de travailleurs urbains pour les villes de New York, de Buenos Aires ou de São Paulo [BlancChaleard, 2001].

Au Brésil, c’est bien ce modèle d’attractivité qui s’est imposé pour toute la période qui va des années 1820 à la décennie des années 1920, lorsqueles politiques d’immigration sont devenues plus restrictives. En principe, ce modèle sert à expliquer le cas des immigrants allemands ou polonais comme celui des immigrants italiens et japonais, pour ne citer que ceux-là. Cependant, lorsqu’on analyse en détail les moyens d’attraction mis en place par l’État et par les États2, pour les divers groupes ethniques, on s’aperçoit que de grandesdifférences les séparent. Pour ce qui est des Italiens ou des Japonais par exemple, leur arrivée a été directement subventionnée par l’État brésilien comme par l’État de São Paulo. En effet, la transition vers le marché libre du travail a modifié le sens de l’immigration au Brésil : à la place de colons pour cultiver les terres, il fallait des travailleurs agricoles pour les plantations de café. Afin d’yfaire face, des moyens dont la construction de l’Hospedaria do Imigrante (l’Hébergement de l’Immigrant) en 1887 par l’État de São Paulo, ont été mis en place. À titre d’exemple, la « Sociedade Promotora de Imigração », qui s’est chargée de l’administration de l’Hospedaria durant les dix premières années de sa fondation aurait fait venir, à elle seule, 120 000 Italiens. Environ 330 000 immigrants...
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