N'est-on moral que par intérêt?

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  • Publié le : 14 novembre 2009
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La morale peut être définie comme l’ensemble des jugements relatifs au Bien et au Mal, concernant les actes humains. De tels jugements ne sont pas de simples constats, mais des appréciations, des jugements de valeurs. La réflexion sur de tels jugements est un système normatif rationnel. On peut donc dire que la morale est égale à l’éthique. Si, par définition, le terme « intérêt » désigne ce quiimporte, ce qui est à son avantage, ce qui fixe l'attention, ici, ce terme désigne principalement ce qui est utile à un individu, c'est-à-dire l’intérêt personnel, ou à plusieurs, en d’autres termes : l’intérêt général. A la question de savoir si l’être humain n’est moral que par intérêt, il est d’abord intéressant de se demande si il existe un Bien ou un Mal moral objectif. La moralitén’existe que pour les êtres libres, maîtres de leurs actions. Notre conscience morale ne peut subsister que si et seulement si l’être humain est contraint à des obligations. En d’autres termes, être libre signifie avoir des devoirs. Le paradoxe réside dans le fait même que ce qui limite notre liberté d’action est ce qui procède de notre liberté même. À cause de quoi ou en vue de quoi l'homme est-il moral? Si notre seul mobile est l’intérêt, il s’agit alors d’adhérer à une vision plutôt pragmatiste qui ne peut être justifié seulement jusqu’à un certain point. D’un autre côté, tel que le comprend Kant, la conduite morale peut a priori être déterminée, au delà de l’intérêt même, par la notion de devoir. L’obligation morale, le devoir, est inhérente à la liberté en acte. Le rigorisme kantien n'enaffirme pas moins que l'intérêt ne saurait être authentiquement moral. De ce point de vue, se demander si l'on n'est moral que par intérêt n'a pas de sens : dès que l'intérêt intervient, on n'agit plus par devoir, mais, au mieux, en conformité avec le devoir. Nous étudierons donc d’abord que l’homme peut agir moralement que par simple intérêt sans que cela ait de conséquences néfastes dans son butfinal. Nous verrons ensuite que l’intérêt ne peut être considéré comme une raison morale d’agir dans la moralité. Enfin, nous verrons que la moralité et le jugement du Bien et du Mal est l’objet d’une transcendance inaccessible au simple entendement de l’être humain.

Les épicuriens et les stoïciens font volontiers intervenir l'intérêt, jusqu'à un certain point, dans nos mobiles. LorsqueRousseau essaie de comprendre pourquoi les hommes sont sociables, il souligne que c'est d'abord parce qu'ils y ont intérêt car, seuls, ils ne pourraient survivre. L’intérêt serait ainsi fondamental dans le simple établissement de liens, en dehors desquels la morale n'aurait pas même lieu d'exister. De plus, en vue de notre but final, le bonheur, il est évident que l’intérêt ne peut être écarté. Lesstoïciens montrent aussi que la sagesse qu’ils préconisent est compatible en tout point avec la vie sociale. La justice, valeur morale, est censée respecter et harmoniser les intérêts de chacun. Intérêt ne signifie donc pas automatiquement existence strictement égoïste. John Stuart Mill le dit lui-même : toute action doit être appréciée en fonction du plaisir non-égoïste qu’elle procure, et doitconcerner l’humanité entière. De plus, les plaisirs du corps sont inférieur à ceux de l’esprit : dès lors, d’après lui, nos actions morales peuvent avoir d’autres mobiles que la quête du bonheur, même si ce dernier reste la finalité ultime. La recherche de plaisirs « secondaires » est donc essentielle au bonheur. Il le dit lui-même : « Il vaut mieux, par exemple, être un humain insatisfait qu'unpourceau satisfait, Socrate insatisfait qu'un imbécile satisfait ». La thèse de Mill rejoint celle de l’Evangile : l’exigence de réciprocité annule l’égoïsme de l’intérêt individuel, et lui attribut en quelque sorte le statut de souci collectif. Dans un tout autre registre, mais prouvant aussi que l’être humain n’agit que par intérêt, la thèse de Nietzsche : « La morale est une idiosyncrasie de...