: P. cahuc et a. zylberberg, le chômage, fatalité ou nécessité ? (paris : flammarion,

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: P. Cahuc et A. Zylberberg, Le chômage, fatalité ou nécessité ? (Paris : Flammarion,
2004), chap. 1.

Chapitre 7 : Le processus de destruction créatrice.

Les théories de la concurrence monopolistique et oligopolistique ainsi que leurs variantes populaires peuvent être utilisées de deux manières aux fins de soutenir la conception d'après laquelle la réalité capitaliste serait incompatibleavec le rendement maximum de la production. On peut, en effet, soutenir qu'il en a toujours été ainsi et que, au long des âges, la production s'est développée nonobstant le sabotage séculaire perpétré par les dirigeants bourgeois. Les partisans de cette thèse devraient alors faire la preuve que le taux de croissance constaté peut s'expliquer par une série de circonstances favorables, indépendantesdu mécanisme de l'entreprise privée et suffisamment fortes pour surmonter les frictions de ce dernier. Telle est précisément la question que nous discuterons au cours du chapitre 9. Cependant les personnes qui adoptent cette variante y gagnent au moins l'avantage d'éviter les difficultés d'ordre historique aux- quelles doivent faire face les avocats de la thèse alternative, qui, tout en admettantque la réalité capitaliste aurait tendu naguère à favoriser le rendement productif maximum (ou, à tout le moins, un rendement assez considérable pour constituer un élément essentiel à considérer quand on cherche à porter un jugement réfléchi sur le régime), n'en soutiennent pas moins que cette tendance a été désormais renversée par le foisonnement ultérieur, destructeur de la concurrence, desstructures monopolistiques.

En premier lieu, cette thèse suppose l'existence antérieure, parfaitement imaginaire, d'un âge d'or de la concurrence parfaite qui, à un moment donné et selon un processus inconnu, aurait fait place à un âge de monopole. Or, il est tout à fait évident que la concurrence parfaite ne s'est, à aucune époque, concrétisée davantage que ce n'est le ces do nos jours. En secondlieu, il importe de souligner que le taux d'accroissement de la production n'a pas diminué à partir de 1890-1900, c'est-à-dire à partir de la période où, selon moi, la prévalence des très grandes entreprises s'est affirmée, tout au moins dans l'industrie; que rien dans l'allure des séries de production totale ne suggère une « rupture de tendance » ; enfin, point important entre tous, que leniveau d'existence contemporain des masses s'est précisément amélioré durant la période où les grosses affaires étaient relativement libres de toute entrave. Si nous dressons la liste des éléments qui entrent dans le budget d'un ouvrier moderne et si nous obser- vons, à partir de 1890, l'évolution de leurs prix, non pas en termes monétaires, niais en termes d'heures de travail nécessaires pour lesacheter (ce qui revient à diviser chaque année les prix nominaux par les salaires horaires), nous ne pouvons manquer d'être frappés par l'allure du progrès qui, compte tenu de l'amélioration remarquable des qualités, paraît avoir été plus rapide qu'il ne l'avait jamais été auparavant. Si les économistes se complaisaient moins à leurs thèses aprioristes et se tournaient davantage vers l'observation desfaits, des doutes s'élèveraient immédiatement dans leur esprit à l'égard du réalisme d'une théorie qui les incite à s'attendre à un résultat tout différent. Et ce n'est pas tout. Dès que, entrant dans le détail, nous considérons chacun des articles de consommation pour lesquels le progrès a été le plus frappant, cette piste ne nous conduit pas au seuil des firmes travaillant dans des conditionsde con- currence relativement libre, mais bien à la porte des grandes sociétés - qui, comme dans le cas du machinisme agricole, contribuent également pour une large part aux progrès du secteur concurrentiel - et un soupçon hérétique s'insinue dans notre esprit, à savoir que, loin de comprimer le niveau d'existence, l'action des entreprises hors série l'a bien plutôt rehaussé.
Au vrai, les...
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