V.Hugo

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  • Publié le : 13 avril 2014
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La charge de Benjamin Roubaud, dit Benjamin, reprend les principales caractéristiques des caricatures de Victor Hugo pour cette période qui précède son entrée en politique : une grosse tête, digne d’un « homme in-folio [9] », et un vaste front d’autant plus visible qu’il semble éclairé et qu’il contraste avec un environnement sombre. Entre Notre-Dame de Paris et un sabbat de sorcières, lesurhomme semble indifférent à ses thuriféraires lilliputiens et à ses admirateurs qui viennent pourtant baiser ou étreindre ses chaussures. La position éminente qu’il occupe, il la doit à ses œuvres sur lesquelles il est assis, ainsi qu’au Théâtre-Français et à l’Académie française sur lesquels il pose les pieds. La Colonne Vendôme renvoie à « A la Colonne de la place Vendôme » (Odes et Ballades), leThéâtre de la Porte-Saint-Martin à Lucrèce Borgia et à Marie Tudor, les scènes de meurtres et de pénitents aux drames romantiques.
On peut se demander si Benjamin a voulu représenter un écrivain, plume à la main, qui médite, ou un homme dont le regard est concentré sur son coffre de « rentes ».
Dans ses Prédictions extraordinaires du grand Abracadabra découvert dans les Odes et Ballades parVictor Hugo (1842), G.M. Dairnvoeu dessine, dans un même décor parisien, un Victor Hugo qui s’inspire de celui de Benjamin, mais il le représente assis sur la coupole de l’Institut de France.


1833-1847
Les premières caricatures de Victor Hugo [1], parues dans les années 1830, ainsi que les légendes et les articles qui les accompagnent, dénoncent avant tout un écrivain « révolutionnaire du goût »,une sorte de « fou contemporain », imbu de lui-même. Il est donc souvent représenté avec des tenues excentriques ou élégantes, dans une posture énergique, en tête de cortège ou occupant une position éminente. Mais c’est surtout son front [2] qui est la cible des caricaturistes et qui est agrandi démesurément pour railler le « surhomme ».






*** 1
« Hugoth - Galerie des fouscontemporains », par md [Martin Distelli], La Charge, journal satyrique, deuxième année, n° 4, 27 janvier 1833.
N/B : 30x41



(c) Photo Gérard Pouchain


Les quelques poils au menton du jeune auteur de Notre-Dame de Paris raillent l’écrivain barbare, ce « hugoth », pétrifié en médaillon gothique. On lit dans l’article qui accompagne la caricature et qui justifie la place de l’écrivain dans cette «Galerie des fous contemporains » qu’il inaugure : « […] Voici d’abord M. Hugoth, le grand révolutionnaire du goût, le grand ressusciteur de la seule, vraie et bonne littérature ; celui qui a enfoncé Racine, comme chacun sait, et qui a poussé sa badine à travers du corps de Voltaire.
M. Hugoth n’est pas seulement un homme ordinaire ; surtout il a du front. Ses admirateurs, qui admirent tout enlui, ont compté six pouces de la racine du nez à la racine des cheveux […].
Ces étonnans [sic], ces admirables vers [3] sont dus au talent admiratif de M. Petrus Borel. Ils ne doivent pas nous surprendre.
Un Goth trouve toujours un plus goth qui l’admire.
Après tout, M. Hugoth, à qui nous avons donné pour collerette romantique un gothique portail, « dentelle de pierre » qu’il aime tant, est unhomme de talent, un homme d’imagination, surtout ; mais il s’est voulu faire homme de génie, et c’est en cela qu’il a failli. En vain, à l’aide de ce front dont nous faisions l’éloge, et secondé de tous les moyens de charlatanisme et de la camaraderie, il a prétendu “mettre le pied sur la gorge du siècle”. Le siècle se moque de lui et de ses productions moyen-âge. Il pouvait être, avec de l’étude,un brave et estimable littérateur, auteur d’ouvrages élevés, réguliers, de bon goût ; mais on en a déjà tant vu de ce genre depuis l’époque de Louis XIV ! Il a bien mieux aimé être un auteur comme on n’en a vu jamais. C’est pour cela que nous lui avons assigné une place honorable parmi nos fous contemporains. »


*** 2
« Hugo », par Dantan, lithographie de Lepeudry, Le Charivari, quatrième...
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