Écriture d'invention à partir d'un extrait de rhinocéros (fin de l'acte ii) et un extrait de notes et contre-notes (1966) de ionesco: «vous êtes metteur en scène. pour répondre à ionesco, vous envoyez à un grand

Pages: 6 (1371 mots) Publié le: 21 février 2013
Abolition de l’esclavage théâtral

Je vous écris suite à la parution, dans votre quotidien, d’un article d’ Eugène Ionesco traitant du théâtre et plus encore de la légitimité du choix de réinterprétation des metteurs en scène (pour la sortie de son livre Notes et Contre-notes). Ce n’est pas en mon nom que je réponds au dramaturge, mais en celui de tous mes confrères qui en ont plus qu’assezd’entendre de tels propos. Cependant, ne vous méprenez pas sur ma démarche: je respecte énormément son oeuvre et ne contredis en aucun cas le génie de cet auteur.

“Je ne fais pas de littérature (...) je fais du théâtre”. Tel semble être le sens profond, la lettre même de l’oeuvre d’Eugène Ionesco. Une posture parfaitement adaptée à son oeuvre qui joue sur les marges du texte. Je ne suis passans vous rappeler que le théâtre de l’absurde, auquel appartient l’auteur, a modifié de façon décisive le rapport entre dialogue et disdacalies. Ces dernières, minimales dans le théâtre classique où elles se réduisent à de simples indications techniques, plus visibles dans le théâtre romantique où elles ont une fonction à la fois descriptive (indications d’espace) et psychologique (indication dujeu), deviennent omniprésentes dans le théâtre des années 50. Elle peuvent prendre le dessus sur le dialogue, voire se substituer à lui, ainsi que le souligne Ionesco. Les didascalies marquent donc l’importance nouvelle que les acteurs accordent à la théâtralité, c’est à dire aux “conditions matérielles de la représentation”, décor, jeu, mise en scène, désormais à l’intérieur du même texte. Mais lesouci de fixer précisément ces conditions traduit une méfiance à l’égard de nous autres, metteurs en scène... Dès lors que les didascalies sont élevées à la dignité du dialogue et acquièrent ainsi, force de loi, quelle marge de liberté est laissée au metteur en scène?

Moi, je suis metteur en scène: ce qui signifie que je porte au théâtre des oeuvres déjà écrites. J’ai adapté aussi bien desoeuvres étrangères qu’en langue usuelle... C’est pourquoi une telle polémique est d’autant plus ridicule qu’il ne vient à l’esprit de personne d’interdire l’adaptation de traductions, qui font florilège cette année et possèdent, sans aucun doute, des décalages importants avec le texte de base. Ionesco s’élève contre “les bijoux faux” que notre profession ajoute au texte, sans se rendre compte quenous autres artistes sublimons le texte, nous propulsant à partir de celui-ci pour en capter l’essence, en révéler une interprétation personnelle qui fait la vraie richesse du texte.

A plus forte raison, nous jouons encore des pièces de Molière ou de Racine, sans cesse réinterprétées. Molière s’est-il retourné dans sa tombe quand mon collègue, Daniel Mesguich, à l’acte final de Dom Juan aincorporé des femmes nues représentant les formes maléfiques venues chercher notre héros? Une telle mise en scène, inconcevable à son époque par le caractère subversif contraire aux conventions théâtrales, est maintenant pleinement possible. C’est ce bris des chaînes dont on nous enserre que je revendique haut et fort !

De nos jours, nous n’allons plus au théâtre pour voir une piècemais bien le travail créatif du metteur en scène qui met toute son âme à capturer la pièce. Le spectateur possède, d’ailleurs, une place privilégiée dans les oeuvres de Ionesco. Je pense ici à la scénographie spectaculaire de Rhinocéros, clivage entre le hors-scène et la scène. L’espace de Ionesco est dynamique, les fenêtres et les portes deviennent de dangereux seuils d’où il est impossible àBérenger de s’échapper. Au plus près de cette tension dramatique, les spectateurs assistent à la prolifération monstrueuse de rhinocéros dans la fosse d’orchestre. Je ne contredis en aucun cas l’utilisation de l’espace théâtral par Ionesco. Bien au contraire, j’affirme qu’il est semblable au mien: donner des sensations nouvelles et indescriptibles au public. Ne pas l’enfermer dans la banalité. Lui...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Ecriture d'invention pastiche à la maniere de camus extrait à partir de l'étranger
  • Notes et contres-notes de ionesco
  • écriture d'invention: réponse à Eugène Ionesco
  • Scène à Quatre Ionesco
  • Fin de scène à quatre, eugène ionesco (1959)
  • la fin de snène a quatre Ionesco
  • Eugene Ionesco, Scene à quatre
  • Compte rendu notes et contre-notes de ionesco

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !