Alain : spinoza

Pages: 141 (35132 mots) Publié le: 24 février 2011
Alain (Émile Chartier)

(1946)

SPINOZA

Alain (Émile Chartier) (1946)

Spinoza


Table des matières

Préface

LA VIE ET LES ŒUVRES DE SPINOZA

LA PHILOSOPHIE DE SPINOZA

Introduction

I. La méthode réflexive
II. De Dieu et de l’âme
III. Des sentiments et des passions
IV. De l’esclavage de l’homme
V. De la raison
VI. De la liberté et de la béatitude

CONCLUSIONTable analytique des matières et des références

La vie et l’œuvre de Spinoza
La philosophie de Spinoza

Mémento bibliographique



Alain (1946)

Spinoza

Gallimard, 1949, 186 pages.
Collection idées, nrf.
1949, Éditions Mellottée.

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Préface

Alain

5 décembre 1946

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Mon intention est de corriger ici ceque j'ai toujours trouvé d'abstrait et de sec dans le petit volume bleu qui parut dans la collection Delaplane, Les Philosophes. Je me suis longtemps demandé pourquoi je n'aimais pas ce résumé exact et bien sage. Le ton me semblait en être tout à fait étranger à l'étonnante entreprise de Spinoza. Oui, il me semblait que je trahissais ce grand homme en l'exposant tout au niveau du bon sens. Cela mesemblait trop professeur. La philosophie est certes une grande chose ; on peut en faire tout ce qu'on veut, excepté quelque chose de plat. Il en est de même pour la Raison, pour la Sagesse, lesquelles consistent surtout dans un jeu dont il im¬porte de conserver l'efficacité ; car rien ne se perd plus aisément que la vie et la force des idées.

Maintenant, je commence. Il faut partir de Descartes,et mener cette belle doctrine jusqu'à Spinoza. C'est le moyen de ne pas tomber dans la philosophie scolaire et de réveiller l'homme dans le lecteur. Pénétrez-vous donc de l'esprit des Méditations, en considérant surtout ce qui a pu effrayer Descartes lui-même, et le renvoyer aux mathématiques, cent fois plus faciles, où le courage est suffisant de même qu’à la guerre. Je vais considérer d'abordla présence de Dieu, si évidente dans les Méditations. Concevez Descartes s'enfonçant dans quelque retraite pour y être seul, et s'entretenant avec son propre esprit et retrouvant le monde entier et tout l'Être. Par ceci d'abord que Dieu, ou l'Esprit, est indivisible ; ce qui fait que, si on en découvre une partie en soi-même, nécessairement on doit l'y trouver tout ; de façon que le mouvement deprier, ou de méditer, nous retire des hommes et des choses, et nous met en pos¬session de notre liberté qui est Dieu même. Une telle conclusion que Descar¬tes n'a pas développée devait l'effrayer, comme tout ce qui remet à l'homme un grand pouvoir. Le poste de roi inspire naturellement beaucoup de défiance. En chacun est l'Esprit absolu, le Grand Juge, juge de toutes les valeurs, juge de l'opinion,de la majesté, juge des cérémonies. Un tel pouvoir invite énergi¬quement l'homme à fonder une religion : “ Quoi, se dit-il, encore une ! ” Cette réflexion sur soi a donné de l'humeur à Rousseau, et il n'en pouvait être autrement. Je suis persuadé que ce chapitre du Contrat Social, intitulé “ Le Droit du plus fort ”, n'a jamais pu être oublié de Rousseau, et qu'il ne se l'est pas pardonné. C'esttout à fait de même que la morale de Kant, qui rendait inutiles tant de raisonnements métaphysiques, a fait peur aussi à ce grand philosophe, qui a repoussé de lui cette grandeur.

L'œil perçant de Descartes avait aperçu toutes ces difficultés. Aussi, con¬seillé par Mersenne, ce grand jésuite, a-t-il dû regretter son poste de soldat déjà assez effrayant, et arriver à la Modestie absolue dont j'aitrouvé des exemples dans Lagneau et dans Lachelier.

Nous voilà donc déjà assez avancés dans ce chemin, quand nous avons connu par Descartes que l'Esprit est un. Or, il était arrivé à Spinoza de lire Descartes. Il l'avait mis en propositions mathématiques, sous le titre de Cogitata Metaphysica. Mais lui, Spinoza, n'eut point peur de son Esprit et s’y livra tout, avec la naïveté admirable d'un...
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