Albert memmi

806 mots 4 pages
Il nous faut admettre, en même temps, ces deux constats: le racisme est insoutenable, par n’importe quel esprit, même médiocrement doué, et il y a en nous quelque chose qui, presque malgré nous, nous pousse sous une forme ou sous une autre, à le soutenir. C’est contradictoire, embarrassant et assez terrible. Ce moteur inlassable, inusable, jusqu’ici en tout cas, j’ai proposé de l’appeler, d’un terme qu’il m’a fallu forger: l’hétérophobie ou la peur d’autrui. Ce malaise diffus devant les autres, il est aussi difficile d’en rendre compte que de l’amour d’autrui, avec lequel, heureusement, il coexiste. C’est un fait aussi dense, aussi inesquivable, complémentaire, comme s”il n’y avait guère de zone neutre. Une jeune femme essaye de me l’expliquer:« Tout homme me semble toujours prêt à porter atteinte à ma liberté, à mon intégrité … sauf l’homme que j’aime, mais alors il ne me semble plus exactement un homme.» En somme, il cesse d’être un inconnu différent et dangereux. Pourtant cette force, cette inclination à accuser autrui, à l’agresser, sous divers prétextes, nous la connaissons bien: nous en avons une très fréquente expérience, même si son contenu est confus, plus émotionnel que raisonnable. En gros, chaque fois que nous nous trouvons devant un individu ou un groupe différent ou mal connu, nous en ressentons quelque malaise. Dans une entreprise comme dans une armée; même au sein d’un clergé; ne parlons pas des artistes menés par leur excessive sensibilité. Notre inquiétude peut nous pousser à adopter des attitudes de méfiance et même de refus hostile. Lesquelles n’excluent pas, du reste, des sentiments ambivalents, d’attente et d’espoir: on le voit chez l’enfant, toujours prêt, à la fois, à prendre peur et à sourire (question classique; l’enfant est-il raciste? Evidemment non, il n’en possède pas l’argumentation, mais il est candidat à l’hétérophobie. ) On le voit dans le tourisme, où l’inconnu nous fascine et nous inquiète. C’est pourquoi certains philosophes ont

en relation

  • Albert memmi
    985 mots | 4 pages
  • Albert memmi la dépendance
    725 mots | 3 pages
  • La dépendance albert memmi
    2620 mots | 11 pages
  • Portrait du colonisé -albert memmi-
    2304 mots | 10 pages
  • commentaire du texte de albert memmi
    982 mots | 4 pages
  • La statue de sel, albert memmi, chap "ginou"
    2503 mots | 11 pages
  • Memmi, Albert. Portrait du colonisé, Portrait du colonisateur
    1419 mots | 6 pages
  • Le racisme est une misérable machine de mots pour justifier notre hétérophobie et en tirer proft, albert memmi
    1450 mots | 6 pages
  • Etude de "la statue de sel", d'albert memmi
    3775 mots | 16 pages
  • la statue de sel
    1736 mots | 7 pages