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Pages: 6 (1452 mots) Publié le: 17 juin 2014
Cyrano de Bergerac (1897), Edmond Rostand,

LA n° 12- Acte I scène 5

Le Bret, haussant les épaules.
Soit ! -mais enfin, à moi, le motif de ta haine
Pour Montfleury, le vrai, dis-le moi !
Cyrano, se levant.
Ce Silène
Si ventru que son doigt n’atteint pas son nombril,
Pour les femmes encor se croit un doux péril,
Et leurfait, cependant qu' en jouant il bredouille,
Des yeux de carpe avec ses gros yeux de grenouille ! ...
Et je le hais depuis qu’il se permit, un soir,
De poser son regard, sur celle... Oh ! J’ai cru voir
Glisser sur une fleur une longue limace !
Le Bret, stupéfait.
Hein ? Comment ? Serait-il possible ? ...
Cyrano, avec un rire amer.Que j’aimasse ? ...
Changeant de ton et gravement.
J’aime.
Le Bret
Et peut-on savoir ? Tu ne m’as jamais dit ? ...
Cyrano
Qui j’aime ? ... Réfléchis, voyons. Il m’interdit
Le rêve d’être aimé même par une laide,
Ce nez qui d' un quart d'heure en tous lieux me précède ;
Alors moi, j' aime qui ? ... Mais cela va de soi !
J’aime - mais c’est forcé ! -la plus belle quisoit !
Le Bret
La plus belle ? ...
Cyrano
Tout simplement, qui soit au monde !
La plus brillante, la plus fine,
Avec accablement.
la plus blonde !
Le Bret
Eh ! Mon dieu, quelle est donc cette femme ? ...
Cyrano
Un danger
Mortel sans levouloir, exquis sans y songer,
Un piège de nature, une rose muscade
Dans laquelle l'amour se tient en embuscade !
Qui connaît son sourire a connu le parfait.
Elle fait de la grâce avec rien, elle fait
Tenir tout le divin dans un geste quelconque,
Et tu ne saurais pas, Vénus, monter en conque,
Ni toi, Diane, marcher dans les grands bois fleuris,
Comme elle monte en chaise et marche dansParis ! ...
Le Bret
Sapristi ! Je comprends. C’est clair !
Cyrano
C’est diaphane.
Le Bret
Magdeleine Robin, ta cousine ?
Cyrano
Oui, Roxane.
Le Bret
Eh ! Bien, mais c’est au mieux ! Tu l’aimes ? Dis-le-lui !
Tu t’es couvert de gloire à ses yeux aujourd'hui !
CyranoRegarde-moi, mon cher, et dis quelle espérance
Pourrait bien me laisser cette protubérance !
Oh ! Je ne me fais pas d’illusions ! -parbleu,
Oui, quelquefois, je m' attendris, dans le soir bleu ;
J’entre en quelque jardin où l' heure se parfume ;
Avec mon pauvre grand diable de nez je hume
L'avril, - je suis des yeux, sous un rayon d' argent,
Au bras d' un cavalier, quelque femme, en songeant
Que pourmarcher, à petits pas, dans de la lune,
Aussi moi j' aimerais au bras en avoir une,
Je m' exalte, j' oublie... Et j’aperçois soudain
L’ombre de mon profil sur le mur du jardin !
Le Bret, ému.
Mon ami ! ...
Cyrano
Mon ami, j’ai de mauvaises heures
De me sentir si laid, parfois, tout seul...
Le Bret, vivement, lui prenant la main.Tu pleures ?
Cyrano
Ah ! Non, cela, jamais ! Non, ce serait trop laid,
Si le long de ce nez une larme coulait !
Je ne laisserai pas, tant que j’en serai maître,
La divine beauté des larmes se commettre
Avec tant de laideur grossière ! ... Vois-tu bien,
Les larmes, il n' est rien de plus sublime, rien,
Et je ne voudrais pas qu' excitant la risée,
Une seule, parmoi, fut ridiculisée ! ...
LA n° 13- Cyrano de Bergerac, Edmond Rostand, III scène 7, vers 1441- 1480(de « Tous ceux, tous ceux... » à « Un baiser ! ».

Cyrano.
Tous ceux, tous ceux, tous ceux
Qui me viendront, je vais vous les jeter, en touffe,
Sans les mettre en bouquets : je vous aime, j’étouffe,
Je t’aime, je suis fou, je n’en peux plus, c’est trop ;
Ton nom est dans mon cœur...
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