Aloysius bertrand ondine

Pages: 2 (263 mots) Publié le: 13 février 2011
Ondine

...
Je croyais entendre
Une vague harmonie enchanter mon sommeil,
Et près de moi s'épandre un murmure pareil
Aux chants entrecoupésd'une voix triste et tendre.

Ch. Brugnot, Les Deux Génies.

« Ecoute ! – Ecoute ! – C'est moi, c'est Ondine qui frôle de ces gouttes d'eaules losanges sonores de ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ; et voici en robe de moire, la dame châtelaine qui contemple à sonbalcon la belle nuit étoilée et le beau lac endormi.

Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant est un sentier qui serpente vers monpalais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac, dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.

Ecoute ! – Ecoute ! – Mon père bat l'eaucoassante d'une branche d'aulne verte, et mes sœurs caressent de leurs bras d'écume les fraîches îles d'herbes, de nénuphars et de glaïeuls, ou semoquent du saule caduc et barbu qui pêche à la ligne ! »

*

Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir son anneau à mon doigt pourêtre l'époux d'une Ondine, et de visiter avec elle son palais pour être le roi des lacs.

Et comme je lui répondais que j'aimais une mortelle,boudeuse et dépitée, elle pleura quelques larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes vitrauxbleus.

Aloysius Bertrand (1807-1841),
Gaspard de la nuit,
Fantaisies à la manière de Rembrandt
et de Callot, III, 9 (publié en 1842).
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