Anthologie
Encore que le sens de ce poème ne soit pas hermétique, on note çà et là quelques difficultés d'interprétation. Le premier vers ne manque pas d’être inquiétant par la juxtaposition de «vénéneux» et de «joli», la mention de la saison triste qu’est l’«automne». «Le pré est vénéneux» parce que, mêlés à l'herbe, il y a des colchiques, plantes vénéneuses (que, dans la réalité, les vaches évitent, mais le poète l'ignore ou feint de l'ignorer). Dans les vers 2 et 3 est dramatisé, par l’enjambement qui divise un alexandrin en deux hémistiches, le contraste entre la placidité des vaches et le danger qu’elles courent. Le colchique est «couleur de cerne et de lilas», couleur de paupières violâtres et fripées : ces fleurs se parent avec trop de coquetterie et leur fard est trop étudié ; elles cachent leur vraie nature. Un enjambement projette dans le vers 5 un court rejet après lequel le rétablissement de la ponctuation ferait bien saisir que le poète s’adresse à une personne qui, de toute évidence, est une femme, la femme aimée, Annie Playden qui, elle aussi, lui a caché sa vraie nature. Cependant, bel exemple d’effet que permet la suppression de la ponctuation, on peut comprendre aussi que «le colchique y fleurit tes yeux». Que les yeux de cette femme soient «violâtres» «comme leur cerne» élargit considérablement leur malignité qui est celle aussi de la triste saison qu’est l’automne. Le vers 7, qui clot la strophe, marque bien, par le «Et» initial et par les rimes qui