Benjamin lambert

Pages: 6 (1369 mots) Publié le: 23 mars 2012
3 bonnes raisons d'aller voir ce film Pour ses dialogues ciselés
Pour l'énergie éblouissante de ce quator hollywoodien
Pour le cynisme de Christoph Waltz
Des huis clos, Roman Polanski en a filmé souvent. Dans des espaces rétrécis et cauchemardesques (Répulsion, Le Locataire, Rosemary's Baby). A ciel ouvert, parfois : le voilier du Couteau dans l'eau, le château de Cul-de-sac. Ou enmêlant les deux : la villa cernée par le vide dans son superbe The Ghost Writer, il y a peu. Dans Carnage, le théâtre de l'affrontement est un appartement soft, clean, new-yorkais, vaguement effrayant dans son ordre revendiqué, dans son faux bon goût et sa culture ostentatoire, soigneusement étalée, sous forme de catalogues d'art, sur la table basse du salon. Un peu tendus (elle, surtout),Penelope et Michael y accueillent Nancy et Alan (plus décontractés, surtout lui). Lors d'une bagarre, quelques jours auparavant, dans un square, le fils des visiteurs a cassé deux incisives à celui des visités. Excuses. Regrets. Café. Clafoutis aux pommes et aux poires... Les deux couples font bonne figures ; ils essaient, en tout cas, de faire semblant : on est entre gens civilisés, n'est-ce pas, et labarbarie ne passera pas...
Seulement, chez Yasmina Reza (Polanski a adapté sa pièce Le Dieu du carnage), un mot en précède un autre, qui en entraîne un troisième, et les trois se transforment en bombes à retardement. Comme la frustration rôde et l'hystérie menace, le vernis se craquelle vite et les belles manières s'évanouissent : alors, Penelope (Jodie Foster) hurle, Nancy (Kate Winslet)vomit... Ce sont les femmes qui se déchaînent, s'exaspèrent, se révoltent. Les hommes, eux, jouent plutôt aux philosophes impuissants - notamment Alan (Christoph Waltz), absolument magnifique dans son rôle de fantoche intensément lié à son portable...
De ce sujet apparemment sur mesure pour lui, Polanski fait, curieusement, un film pas assez méchant. Presque un reportage, en réalité, qui, par safluidité, donne l'impression troublante d'avoir été tourné en temps réel. Presque un épisode de télé­réalité, aussi, qui se voudrait magnifié par la mise en scène...
Elle est rudement efficace, cette mise en scène, mais elle ne sauve pas tout. Peut-être parce que ces quatre grotesques ne valent pas l'intérêt que le cinéaste leur porte. Ils ne sont pas assez ambigus. Ni mystérieux... Les hérospolanskiens que l'on aime, dont on se souvient, sont des perdants, des paumés entretenant, entre eux, des rapports de force dérisoires où ils finissent par se perdre : le sublime trio de Cul-de-sac, bien sûr, ou celui, presque aussi pathétique, de The Ghost Writer. La cruauté de Carnage reste, elle, superficielle.

Les revolvers pirouettent dans les airs, les balles sifflent, les chargeurs se vident.Règlements de comptes à OK Corral ? Non, conversation de salon à Brooklyn. Nous sommes chez Penelope (Jodie Foster) et Michael (John C. Reilly), sur un canapé confortable, devant une table basse garnie de livres d'art. Tous deux sont souriants, bien-pensants, têtes à claques. Face à eux, Nancy (Kate Winslet) et Alan (Christoph Waltz) - apprêtés, arrogants, odieux. On mange de la tarte aux poires, ondiscute. L'enfant des uns a cassé la dent de celui des autres ; le jeu de massacre peut commencer. On comprend aisément ce qui a séduit Roman Polanski dans la pièce de Yasmina Reza Le dieu du carnage (Albin Michel). D'abord, c'est un huis clos - leitmotiv de son cinéma apparu dès son premier film (et premier chef-d'oeuvre), Le couteau dans l'eau (1962). Leitmotiv de sa vie, aussi : lui, l'enfant dughetto de Cracovie, n'était-il pas aux arrêts dans son chalet de Gstaad quand il travaillait au scénario ? Après The Ghost Writer, qui montrait un écrivain coincé dans la demeure luxueuse d'un homme politique, voici donc un nouvel affrontement entre quatre murs qui fait étrangement écho à la vie de son metteur en scène.
Or, c'est dans la seconde partie, quand l'affrontement cesse d'être...
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