bonjour tristesse

Pages: 124 (30868 mots) Publié le: 20 avril 2014
Françoise SAGAN
BONJOUR TRISTESSE
*1954*

Lotus16

Adieu tristesse Bonjour tristesse
Tu es inscrite dans les lignes du plafond
Tu es inscrite dans les yeux que j’aime
Tu n’es pas tout à fait la misère
Car les livres les plus pauvres te dénoncent
Par un sourire
Bonjour tristesse
Amour des corps aimables
Puissance de l’amour
Dont l’amabilité surgit
Comme un monstre sans corpsTête désappointée
Tristesse beau visage.
Paul Eluard (La vie immédiate)

TABLE DES MATIERES
PREMIÈRE PARTIE

Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
DEUXIÈME PARTIE

Chapitre I
Chapitre II
Chapitre III
Chapitre IV
Chapitre V
Chapitre VI
Chapitre VII

ER
IE
RM

TI
PP

Chapitre I
Sur ce sentiment inconnu dont l’ennui, la douceurm’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave
de tristesse. C’est un sentiment si complet, si égoïste
que j’en ai presque honte alors que la tristesse m’a
toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas, elle,
mais l’ennui, le regret, plus rarement le remords.
Aujourd’hui, quelque chose se replie sur moi comme une
soie, énervante et douce, et me sépare des autres.
Cet été-là,
j’avaisdix-sept
ans et j’étais
parfaitement heureuse. Les «autres » étaient mon père
et Elsa, sa maîtresse. Il me faut tout de suite expliquer
cette situation qui peut paraître fausse. Mon père avait
quarante ans, il était veuf depuis quinze ; c’était un
homme jeune, plein de vitalité, de possibilités, et, à ma
sortie de pension, deux ans plus tôt, je n’avais pas pu ne
pas comprendre qu’il vécûtavec une femme. J’avais
moins vite admis qu’il en changeât tous les six mois ! Mais
bientôt sa séduction, cette vie nouvelle et facile, mes
dispositions m’y amenèrent. C’était un homme léger,
habile en affaires, toujours curieux et vite lassé, et qui
plaisait aux femmes. Je n’eus aucun mal à l’aimer, et
tendrement, car il était bon, généreux, gai, et plein
d’affection pour moi. Je n’imaginepas de meilleur ami ni
de plus distrayant. A ce début d’été, il poussa même la
gentillesse jusqu’à me demander si la compagnie

d’Elsa, sa maîtresse actuelle, ne m’ennuierait pas
pendant les vacances. Je ne pus que l’encourager car je
savais son besoin des femmes et que, d’autre part, Elsa ne
nous fatiguerait pas. C’était une grande fille rousse, micréature, mi-mondaine, qui faisait de lafiguration dans
les studios et les bars des Champs-Elysées. Elle était
gentille, assez simple et sans prétentions sérieuses.
Nous étions d’ailleurs trop heureux de partir, mon père
et moi, pour faire objection à quoi que ce soit. Il avait
loué, sur la Méditerranée, une grande villa blanche,
isolée, ravissante, dont nous rêvions
depuis les
premières chaleurs de juin. Elle était bâtie sur unpromontoire, dominant la mer, cachée de la route par un
bois de pins ; un chemin de chèvres descendait à une
petite crique dorée, bordée de rochers roux où se
balançait la mer.
Les premiers jours furent éblouissants. Nous passions
des heures sur la plage, écrasés de chaleur, prenant peu à
peu une couleur saine et dorée, à l’exception d’Elsa qui
rougissait et pelait dans d’affreusessouffrances. Mon père
exécutait des mouvements de jambes compliqués pour
faire disparaître un début d’estomac incompatible avec
ses dispositions de Don Juan. Dès l’aube, j’étais dans l’eau,
une eau fraîche et transparente où je m’enfouissais, où je
m’épuisais en des mouvements désordonnés pour me
laver de toutes les ombres, de toutes les poussières de
Paris. Je m’allongeais dans le sable, enprenais une
poignée dans ma main, le laissais s’enfuir de mes doigts en
un jet jaunâtre et doux, je me disais qu’il s’enfuyait comme le temps, que c’était une idée facile et qu’il était

agréable d’avoir des idées faciles. C’était l’été.
Le sixième jour, je vis Cyril pour la première fois. Il
longeait la côte sur un petit bateau à voile et chavira
devant notre crique. Je l’aidai à...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Bonjour tristesse
  • Bonjour tristesse
  • Bonjour tristesse
  • Bonjour tristesse
  • Bonjour tristesse
  • Bonjour tristesse
  • Bonjour tristesse
  • Bonjour tristesse

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !