Capitalise

Pages: 8 (1919 mots) Publié le: 11 janvier 2012
Les dangers du capitalisme financier
par Dominique Plihon (Professeur à l'université Paris-Nord et président du conseil scientifique d'Attac)
Alternatives Economiques (hors série), n° 75 (01/2008)

La transformation du système économique depuis trente ans a consacré la domination absolue du capital financier, engendrant d'importantes inégalités.

Dans le dernier quart du XXe siècle, laplupart des pays avancés ont basculé vers un nouveau système économique, le capitalisme financier, dans lequel les acteurs privés et publics sont passés sous l'emprise de la finance. Ce capitalisme repose sur un nouveau partage des richesses et sur le rôle central joué par les marchés financiers. La création de richesse financière par les entreprises en constitue le cœur.
En France, cettetransformation s'est effectuée à partir du milieu des années 80, à la suite des politiques de libéralisation et de privatisation qui ont radicalement modifié la propriété du capital productif. Ce dernier est en effet passé des mains de l'Etat, qui avait nationalisé la plupart des grandes entreprises et des banques dans les années 1936, 1945 et 1981, aux mains des actionnaires privés et des investisseursinstitutionnels.
L'entreprise gouvernée par la finance
Sous le régime qui a fonctionné jusqu'aux années 70, les dirigeants de l'entreprise concluaient des accords avec les salariés, organisant un partage des gains de productivité au sein de l'entreprise, un système qui avait permis de préserver la stabilité de la répartition de la valeur ajoutée. Le capitalisme financier consacre la fin de cerégime. Le modèle traditionnel d'entreprise, qui considère cette dernière comme une communauté d'intérêt entre ses trois partenaires ou stakeholders (salariés, actionnaires et managers), a cédé la place à un nouveau modèle, qui donne la primauté absolue aux intérêts des actionnaires (shareholders).
Cette domination des actionnaires a eu deux séries de conséquences : d'une part, l'objectif désormaisaffiché par les dirigeants est devenu la création de valeur actionnariale, c'est-à-dire l'augmentation du cours boursier de l'entreprise, et non plus la croissance de l'entreprise et de l'emploi. D'autre part, l'entreprise doit être gérée selon des principes nouveaux, qualifiés de gouvernance d'entreprise.
Ces nouvelles règles ont pour but d'inciter les managers à se conformer aux intérêts desactionnaires, même si ces derniers sont minoritaires (ce qui est le cas des investisseurs institutionnels). Elles s'articulent autour de trois grands principes : un renforcement du pouvoir d'investigation (création de comités d'audit) et de l'information des actionnaires, avec l'obligation pour les dirigeants de publier des résultats trimestriels et les profit warning(a) qui accentuent la gestioncourt-termiste des entreprises ; ensuite, une absence de mesures anti-OPA (offres publiques d'achat) pour maintenir la menace d'un changement de direction si l'entreprise n'est pas gérée conformément aux intérêts des actionnaires ; enfin, un nouveau mode de rémunération des dirigeants, c'est la technique des stock-options qui indexe la rémunération des cadres dirigeants sur la valeur boursière del'entreprise et les incite à maximiser la valeur actionnariale.
Un capitalisme déboussolé
Les scandales boursiers du début des années 2000 montrent les limites du pouvoir actionnarial. On a assisté à une succession de scandales, qui débute par la faillite du géant américain de l'énergie Enron, suivie par les affaires Worldcom (la plus grande faillite de l'histoire des Etats-Unis), Tyco, Qwest, Xeroxaux Etats-Unis, et en Europe, Vivendi Universal, Ahold et Parmalat. Plus récemment, les scandales ont pris des formes variées, telles que les délits d'initiés massifs concernant EADS, relevés par l'Autorité des marchés financiers française. Les 21 principaux dirigeants du groupe ont réalisé des plus-values estimées à plusieurs centaines de millions d'euros en vendant leurs stock-options ou leurs...
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