Comment sexplique le geste criminel de thrse ?

3150 mots 13 pages
Thérèse Desqueyoux

Comment s’explique le geste criminel de Thérèse ?

1) Une condition féminine bléssée dans sa sexualité.

Si l’on veut comprendre Thérèse, il faut remonter à l’origine. Elle n’a jamais connu sa mère morte au moment de lui donner le jour. Mauriac relève d’ailleurs plusieurs fois dans ce roman la fréquence des décès féminins lors des couches. Ce risque ne fera jamais trembler Thérèse mais contribuera à créer en elle le sentiment d’une profonde injustice : la condition féminine marquée par les dangers de la maternité n’est pourtant pas reconnue ni appréciée à sa juste valeur par les mâles.
Cette orpheline n’a ensuite guère de contacts avec son père, bien disposé cependant, mais maladroit et peu enclin à considérer une fille comme importante. Aussi n’est-il pas étonnant de le voir se comporter en père absent plaçant son enfant en nourrice, puis en pensionnat, et l’éloignant à Argelouse au moment des vacances (suivant en cela les goûts de sa fille). Jamais le père n’a conforté sa fille dans sa féminité, jamais il ne lui a reconnu charme ou intelligence. Ce père « radical entêté, méfiant », athée mais conservateur est « le seul homme supérieur qu’elle connut ». Cet « anticlérical » « pudibond » est un politicien cassant, un grand propriétaire et un industriel avisé. Sa fille, quantité négligeable qu’il ne comprend pas, est au contraire rabaissée par sa misogynie caricaturale exprimée dans sa phrase favorite : « Toutes des hystériques, quand elles ne sont pas des idiotes ».
Thérèse se méfie de la sexualité, de l’attirance sensuelle et idéalisée pour l’autre sexe. Elle ne croit pas au bonheur et à l’épanouissement dans le couple. Ses études au lycée l’ont orientée vers un réalisme pessimiste : la vie est terne, les joies (trouvées d’ailleurs souvent dans les souffrances pures) sont ténues. Anne, au contraire, a découvert chez les religieuses les fièvres du mysticisme qu’il est facile de dévoyer du domaine divin vers l’attirance amoureuse.

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