Commentaire littéraire l'ingénu chapitre 20

Pages: 18 (4387 mots) Publié le: 10 octobre 2012
L'Ingénu, de Voltaire :
 
Chapitre XX La belle Saint-Yves meurt, et ce qui en arrive 
On appela un autre médecin : celui-ci, au lieu d’aider la nature et de la laisser agir dans une jeune personne dans qui tous les organes rappelaient la vie, ne fut occupé que de contrecarrer son confrère. La maladie devint mortelle en deux jours. Le cerveau, qu’on croit le siège de l’entendement, fut attaquéaussi violemment que le cœur, qui est, dit-on, le siège des passions. Quelle mécanique incompréhensible a soumis les organes au sentiment et à la pensée ? Comment une seule idée douloureuse dérange-t-elle le cours du sang ? Et comment le sang à son tour porte-t-il ses irrégularités dans l’entendement humain ? Quel est ce fluide inconnu et dont l’existence est certaine, qui, plus prompt, plusactif que la lumière, vole, en moins d’un clin d’œil, dans tous les canaux de la vie, produit les sensations, la mémoire, la tristesse ou la joie, la raison ou le vertige, rappelle avec horreur ce qu’on voudrait oublier, et fait d’un animal pensant ou un objet d’admiration, ou un sujet de pitié et de larmes ? C’était là ce que disait le bon Gordon ; et cette réflexion si naturelle, que rarement fontles hommes, ne dérobait rien à son attendrissement ; car il n’était pas de ces malheureux philosophes qui s’efforcent d’être insensibles. Il était touché du sort de cette jeune fille, comme un père qui voit mourir lentement son enfant chéri. L’abbé de Saint-Yves était désespéré, le prieur et sa sœur répandaient des ruisseaux de larmes. Mais qui pourrait peindre l’état de son amant ? Nulle languen’a des expressions qui répondent à ce comble des douleurs ; les langues sont trop imparfaites. La tante, presque sans vie, tenait la tête de la mourante dans ses faibles bras ; son frère était à genoux au pied du lit ; son amant pressait sa main, qu’il baignait de pleurs, et éclatait en sanglots : il la nommait sa bienfaitrice ; son espérance, sa vie, la moitié de lui-même, sa maîtresse, son épouse.A ce mot d’épouse elle soupira, le regarda avec une tendresse inexprimable, et soudain jeta un cri d’horreur ; puis, dans un de ces intervalles où l’accablement, et l’oppression des sens, et les souffrances suspendues, laissent à l’âme sa liberté et sa force, elle s’écria : "Moi, votre épouse ! Ah ! cher amant, ce nom, ce bonheur, ce prix, n’étaient plus faits pour moi ; je meurs, et je le mérite.O dieu de mon cœur ! ô vous que j’ai sacrifié à des démons infernaux, c’en est fait, je suis punie, vivez heureux." Ces paroles tendres et terribles ne pouvaient être comprises ; mais elles portaient dans tous les cœurs l’effroi et l’attendrissement ; elle eut le courage de s’expliquer. Chaque mot fit frémir d’étonnement, de douleur et de pitié tous les assistants. Tous se réunissaient à détesterl’homme puissant qui n’avait réparé une horrible injustice que par un crime, et qui avait forcé la plus respectable innocence à être sa complice. "Qui ? vous coupable ! lui dit son amant ; non, vous ne l’êtes pas ; le crime ne peut être que dans le cœur, le vôtre est à la vertu et à moi." Il confirmait ce sentiment par des paroles qui semblaient ramener à la vie la belle Saint-Yves. Elle sesentit consolée, et s’étonnait d’être aimée encore. Le vieux Gordon l’aurait condamnée dans le temps qu’il n’était que janséniste ; mais, étant devenu sage, il l’estimait, et il pleurait. Au milieu de tant de larmes et de craintes, pendant que le danger de cette fille si chère remplissait tous les cœurs, que tout était consterné, on annonce un courrier de la cour. Un courrier ! et de qui ? etpourquoi ? C’était de la part du confesseur du roi pour le prieur de la Montagne ; ce n’était pas le père de La Chaise qui écrivait, c’était le frère Vadbled, son valet de chambre, homme très important dans ce temps-là, lui qui mandait aux archevêques les volontés du révérend père, lui qui donnait audience, lui qui promettait des bénéfices, lui qui faisait quelquefois expédier des lettres de cachet. Il...
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