Commentaire d'un extrait de musset

Pages: 10 (2425 mots) Publié le: 24 octobre 2012
Alfred de Musset (1810-1857)Confession d’un enfant du siè?cle1,2 (1836)(Extrait)Par Robert Ferrieux||
Alors s’assit sur un monde en ruines une jeunesse soucieuse. Tous ces enfants é?taient des gouttes de sang brû?lant qui avait inondé? la terre ; ils é?taient né?s au sein de la guerre, pour la guerre. Ils avaient rê?vé? pendant quinze ans des neiges de Moscou et du soleil des Pyramides.Ils n’é?taient pas sortis de leurs villes, mais on leur avait dit que, par chaque barriè?re de ces villes, on allait à? une capitale de l’Europe. Ils avaient dans la tê?te tout un monde ; ils regardaient la terre, le ciel, les rues et les chemins ; tout cela é?tait vide, et les cloches de leurs paroisses ré?sonnaient seules dans le lointain. Trois é?lé?ments partageaient donc la vie qui s’offraitalors aux jeunes gens : derriè?re eux un passé? à? jamais dé?truit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siè?cles de l’absolutisme ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premiè?res clarté?s de l’avenir; et entre ces deux mondes... quelque chose de semblable à? l’Océ?an qui sé?pare le vieux continent de la jeune Amé?rique, je ne sais quoi de vague et de flottant,une mer houleuse et pleine de naufrages, traversé?e de temps en temps par quelque blanche voile lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur ; le siè?cle pré?sent, en un mot, qui sé?pare le passé? de l’avenir, qui n’est ni l’un ni l’autre et qui ressemble à? tous deux à? la fois, et où? l’on ne sait, à? chaque pas qu’on fait, si l’on marche sur une semence ou sur un dé?bris. Voilà?dans quel chaos il fallut choisir alors ; voilà? ce qui se pré?sentait à? des enfants pleins de force et d’audace, fils de l’Empire et petits-fils de la Ré?volution. Or, du passé? ils n’en voulaient plus, car la foi en rien ne se donne ; l’avenir, ils l’aimaient, mais quoi ! comme Pygmalion Galaté?e : c’é?tait pour eux comme une amante de marbre, et ils attendaient qu’elle s’animâ?t, que le sangcolorâ?t ses veines. Il leur restait donc le pré?sent, l’esprit du siè?cle, ange du cré?puscule qui n’est ni la nuit ni le jour; ils le trouvè?rent assis sur un sac de chaux plein d’ossements, serré? dans le manteau des é?goï?stes, et grelottant d’un froid terrible. L’angoisse de la mort leur entra dans l’â?me à? la vue de ce spectre moitié? momie et moitié? foetus; ils s’en approchè?rent comme levoyageur à? qui l’on montre à? Strasbourg la fille d’un vieux comte de Sarvenden, embaumé?e dans sa parure de fiancé?e : ce squelette enfantin fait fré?mir, car ses mains fluettes et livides portent l’anneau des é?pousé?es, et sa tê?te tombe en poussiè?re au milieu des fleurs d’oranger. Comme, à? l’approche d’une tempê?te, il passe dans les forê?ts un vent terrible qui fait frissonner tous lesarbres, à? quoi succè?de un profond silence ; ainsi Napolé?on avait tout é?branlé? en passant sur le monde ; les rois avaient senti vaciller leur couronne, et, portant leur main à? leur tê?te, ils n’y avaient trouvé? que leurs cheveux hé?rissé?s de terreur. Le pape avait fait trois cents lieues pour le bé?nir au nom de Dieu et lui poser son diadè?me ; mais Napolé?on le lui avait pris des mains. Ainsitout avait tremblé? dans cette forê?t lugubre de la vieille Europe, puis le silence avait succé?dé?. [...] Ce fut comme une dé?né?gation de toutes choses du ciel et de la terre, qu’on peut nommer dé?senchantement ou, si l’on veut, dé?sespé?rance ; comme l’humanité? en lé?thargie avait é?té? crue morte par ceux qui lui tâ?taient le pouls. […] Dé?s lors, il se forma comme deux camps : d’une part lesesprits exalté?s, souffrants, toutes les â?mes expansives qui ont besoin de l’infini, pliè?rent la tê?te en pleurant ; ils s’enveloppè?rent de rê?ves maladifs, et l’on ne vit plus que de frê?les roseaux sur un océ?an d’amertume. D’une autre part, les hommes de chair restè?rent debout, inflexibles, au milieu des jouissances positives, et il ne leur prit d’autre souci que de compter l’argent...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Commentaire d'un extrait d'Antigone
  • Commentaire d'un extrait de nietzsche
  • Commentaire d'un extrait de zola
  • Commentaire d'un extrait de huysmans
  • Commentaire d'un extrait de l'eneide
  • Commentaire d'un extrait de Fantasio
  • Commentaire d'un extrait de "candide" de voltaire
  • Commentaire de texte d'un extrait de montaigne

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !