Conan doyle

Pages: 13 (3155 mots) Publié le: 6 juin 2013
Ce fut en 1878 que je subis devant l’Université de Londres ma thèse de docteur en médecine. Après avoir complété mes études à Netley – pour me conformer aux prescriptions imposées aux médecins qui veulent faire leur carrière dans l’armée, – je fus définitivement attaché, en qualité d’aide-major, au 5e fusiliers de Northumberland. Ce corps était alors aux Indes, et, avant que j’aie pu lerejoindre, la seconde campagne contre l’Afghanistan était entamée.
En débarquant a Bombay, j’appris que mon régiment avait déjà traversé les défilés de la frontière et se trouvait au cœur même du pays ennemi. Je me joignis à plusieurs officiers dont la situation était analogue à la mienne, et nous parvînmes à atteindre sans encombre la ville de Candahar ; j’y retrouvai mon régiment et le jour mêmej’entrai dans mes nouvelles fonctions.
Des distinctions, des grades, tel fut pour un grand nombre le bilan de la campagne qui s’ouvrait alors ; pour moi je n’en recueillis que déboires et malheurs.
Une permutation d’office m’ayant fait passer aux Berkshires, ce fut avec ce corps que je pris part à la fatale bataille de Maiwand ; j’y fus blessé à l’épaule par un de ces petits boulets que lancent lestromblons Jezaïl. L’os de la clavicule était brisé, l’artère voisine froissée et j’allais tomber entre les mains des féroces Ghazis quand le dévouement et le courage de mon ordonnance Murray me sauvèrent la vie ; il réussit à me jeter en travers d’un cheval de bât et me ramena ainsi sain et sauf dans les lignes anglaises.
Brisé par la souffrance, affaibli par les fatigues et les privations detoutes sortes, je fis partie d’un long convoi de blessés et fus dirigé sur l’hôpital central de Peshawur. Là, mes forces commencèrent bientôt à renaître et j’allais déjà assez bien pour me promener à travers les salles et même pour m’étendre au soleil sous une véranda, lorsque je fus terrassé par la fièvre typhoïde, ce terrible fléau de nos possessions indiennes. Après avoir passé plusieurs moisentre la vie et la mort, j’entrai enfin en convalescence ; mais j’étais si amaigri et si faible qu’à la suite d’une consultation les médecins décidèrent de me renvoyer en Angleterre, sans perdre un instant. En conséquence, je pris passage à bord du transport l’Orontes, et un mois plus tard je débarquais à Portsmouth, avec, il est vrai, une santé à tout jamais ruinée, mais muni, en revanche, d’uncongé octroyé par notre bon et paternel gouvernement pour me permettre de travailler pendant neuf mois consécutifs à récupérer mes forces disparues.
Sans feu ni lieu, libre comme l’air — ou plutôt aussi libre qu’on peut l’être lorsqu’on possède pour toute fortune 14 fr. 35 de rente par jour, — je n’eus naturellement qu’une idée, celle de gagner Londres, ce vaste réceptacle vers lequel converge,irrésistiblement entraînée par tous les déversoirs de l’Empire Britannique, la foule des gens qui n’ont dans la vie ni emploi fixe, ni but déterminé.
Je plantai d’abord mes pénates dans un petit hôtel du Strand et pendant quelque temps j’y menai une vie aussi désœuvrée que monotone ; tout en entamant notablement mes pauvres économies. Bientôt même l’état de mes finances devint si inquiétant qu’il meparut indispensable de choisir entre les deux partis suivants : ou quitter la capitale et chercher à la campagne quelque trou pour y végéter tristement, ou changer totalement mon genre d’existence. Ce fut à cette dernière alternative que je m’arrêtai ; pour commencer je résolus de quitter l’hôtel et de m’établir dans un domicile moins brillant comme apparence, mais plus économique.
Le jour mêmeoù j’avais pris cette décision, je me trouvais au Criterion bar lorsque je sentis quelqu’un me frapper sur l’épaule, et en me retournant, je reconnus le jeune Stamford que j’avais eu comme assistant à l’hôpital de Barts. La vue d’une figure de connaissance, pour tout homme qui se sent profondément isolé au milieu de l’infernal brouhaha de Londres, est certainement la chose du monde la plus...
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