Corpus : Mérimée, Barbey d'Aurevilly, Zola, Gourmon

Pages: 45 (11142 mots) Publié le: 23 juin 2014
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Texte 1

Le narrateur rencontre Carmen pour la première fois et en fait le portrait à une de ses connaissances.
« J'étais donc le nez sur ma chaîne, quand j'entends des bourgeois qui disaient : « Voilà la gitanilla ! » Je levai les yeux, et je la vis. C'était un vendredi, et je ne l'oublierai jamais. Je vis cette Carmen que vous connaissez, chez qui je vous ai rencontré il y a quelquesmois. Elle avait un jupon rouge fort court qui laissait voir des bas de soie blancs avec plus d'un trou, et des souliers mignons de maroquin(1) rouge attachés avec des rubans couleur de feu. Elle écartait sa mantille afin de montrer ses épaules et un gros bouquet de cassie(2) qui sortait de sa chemise. Elle avait encore une fleur de cassie dans le coin de la bouche, et elle s'avançait en sebalançant sur ses hanches comme une pouliche du haras(3) de Cordoue. Dans mon pays, une femme en ce costume aurait obligé le monde à se signer(4). À Séville, chacun lui adressait quelque compliment gaillard sur sa tournure ; elle répondait à chacun, faisant les yeux en coulisse, le poing sur la hanche, effrontée comme une vraie bohémienne qu'elle était. D'abord elle ne me plut pas, et je repris monouvrage ; mais elle, suivant l'usage des femmes et des chats qui ne viennent pas quand on les appelle et qui viennent quand on ne les appelle pas, s'arrêta devant moi et m'adressa la parole : – Compère, me dit-elle à la façon andalouse, veux-tu me donner ta chaîne pour tenir les clefs de mon coffre-fort ? – C'est pour attacher mon épinglette(5), lui répondis-je. – Ton épinglette ! s'écria-t-elle enriant. Ah ! Monsieur fait de la dentelle, puisqu'il a besoin d'épingles. Tout le monde qui était là se mit à rire, et moi je me sentais rougir, et je ne pouvais trouver rien à lui répondre. – Allons, mon cœur, reprit-elle, fais-moi sept aunes(6) de dentelle noire pour une mantille, épinglier(7) de mon âme ! Et prenant la fleur de cassie qu'elle avait à la bouche, elle me la lança, d'un mouvement depouce, juste entre les deux yeux. Monsieur, cela me fit l'effet d'une balle qui m'arrivait… Je ne savais où me fourrer, je demeurais immobile comme une planche. Quand elle fut entrée dans la manufacture, je vis la fleur de cassie qui était tombée à terre entre mes pieds ; je ne sais ce qui me prit, mais je la ramassai sans que mes camarades s'en aperçussent et je la mis précieusement dans maveste. Première sottise ! »
Prosper Mérimée, Carmen, 1845

Texte 2

Au début de la nouvelle, le narrateur met en scène Robert de Tressignies, un aristocrate libertin et quelque peu blasé. Intrigué et fasciné par la beauté et le comportement provocant d'une prostituée, il se met à la suivre dans les rues de Paris.
« Tressignies se disait confusément tout cela en mettant son pas dans le pas decette femme, qui marchait le long du boulevard, sinueusement, le coupait comme une faux, plus fière que la reine de Saba(8) du Tintoret(9) lui-même, dans sa robe de satin safran, aux tons d'or, – cette couleur aimée des jeunes Romaines, – et dont elle faisait, en marchant, miroiter et crier les plis glacés et luisants, comme un appel aux armes ! Exagérément cambrée, comme il est rare de l'être enFrance, elle s'étreignait dans un magnifique châle turc à larges raies blanches, écarlate et or ; et la plume rouge de son chapeau blanc – splendide de mauvais goût – lui vibrait jusque sur l'épaule. On se souvient qu'à cette époque les femmes portaient des plumes penchées sur leurs chapeaux, qu'elles appelaient des plumes en saule pleureur. Mais rien ne pleurait en cette femme ; et la sienneexprimait bien autre chose que la mélancolie. Tressignies, qui croyait qu'elle allait prendre la rue de la Chaussée-d'Antin, étincelante de ses mille becs(10) de lumière, vit avec surprise tout ce luxe piaffant de courtisane, toute cette fierté impudente de fille enivrée d'elle-même et des soies qu'elle traînait, s'enfoncer dans la rue Basse-du-Rempart, la honte du boulevard de ce temps ! Et l'élégant,...
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