Décrire les beautés du monde : est-ce le rôle que vous assignez à la poésie et à l'art en général ?

Pages: 12 (2925 mots) Publié le: 16 juin 2010
On a souvent tendance à dire que l’art ne sert à rien car il n’a aucune fonction pratique. Baudelaire lui-même semblait limiter considérablement le rôle de l’art en affirmant : « Je crois que l'Art est et ne peut être que la reproduction exacte de la nature ». Or pour l’homme la nature c’est le Beau par excellence, ce qui n’a pas été altéré par l’homme, ce qui est pur, une véritable créationdivine. Ainsi l’art apparaîtrait comme ce qui tendrait à représenter la beauté de ce qui nous entoure, à magnifier encore tout cela. Mais le rôle de la poésie et de l’art en général se limite-t-il à décrire les beautés du monde ? N’est-ce pas un peu réducteur ? Pour répondre à cette question nous partirons de l’idée selon laquelle l’art a bel et bien cette fonction esthétique de description du monde,puis nous constaterons que l’art peut également permettre l’expression de la subjectivité avant de souligner quelle est l’efficacité, l’emprise que peut avoir l’art sur le monde.
Dans un premier temps, il s’agira de voir en quoi l’art a une fonction esthétique qui est celle de description du monde.
Tout d’abord, comme l’indique la citation, l’art peut avoir pour but de décrire les beautés dumonde. En effet depuis Horace, la poésie par exemple a souvent été considérée comme une peinture du monde, qui devait en fournir une représentation adéquate et agréable. De nombreuses œuvres littéraires en témoignent, car, finement ciselées, elles représentent à la perfection le spectacle du monde qu’elles se donnent pour objet. On retrouve notamment cela dans le courant de l’exotisme, ce courantdes Romantiques qui est défini comme une " rêverie de l'espace lointain ", où on note un véritable dépaysement de par la description de paysages idylliques et méconnus. L’Orient est au centre de cette notion d’exotisme : « Il lui semblait […] voir briller [dans le monde oriental] de loin une haute poésie. C'est une source à laquelle il désirait depuis longtemps se désaltérer. Là, en effet, toutest grand, riche, fécond » V.Hugo (préface des Orientales). Nombre de poètes s’emploieront à décrire les merveilles du monde qui les entoure, comme Alfred de Musset qui nous décrit une ville qui fait rêver… « Venise » et ses « palais antiques/Et les graves portiques/Et les blancs escaliers ». Les sorcières de Goya, les eaux troubles de Venise et les cavalcades d'Algérie, autrement dit ce qui estbarbare, excitent l'imagination des poètes et des peintres. D’autres exemples de ce souci de la beauté, de l’idéalisation peuvent se retrouver dans d’autres arts. La peinture impressionniste par exemple cherche à rendre les « impressions » suscitées par les paysages, qu’ils soient naturels ou urbains. Le but est de s’approcher au plus près des effets qu’ils suscitent dans la réalité en utilisant destaches de couleurs et des vibrations que Zola essaiera d’imiter dans ses célèbres descriptions. Dans La Curée par exemple, la description du Bois de Vincennes insiste sur les notations de lumière, de reflets, de couleur recréant l’atmosphère du lieu et du moment de façon vivante.
Cependant l’art ne se contente pas, dans sa description du monde, de sélectionner les choses les plus belles. Aucontraire l’art peut permettre de montrer les choses laides, les horreurs du monde qui nous entourent. Ainsi il ne suffit pas à la poésie de « bien choisir » son sujet d’inspiration parmi les thèmes considérés comme poétiques tels que l’amour, la mort, la nature, le destin, pour atteindre de ce fait même à l’art. Cette conception est totalement erronée et un véritable monument de la poésiefrançaise peut nous le prouver, puisqu’il s’agit des Fleurs du Mal, de Charles Baudelaire. En effet celui-ci a choisi « d’extraire la beauté du Mal », en délaissant « les provinces les plus fleuries du domaine poétique ». De ce fait nous comprenons bien que la création poétique et artistique plus généralement ne réside pas essentiellement dans son sujet, dans son thème. Nous pouvons penser plus...
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