Dido

Pages: 25 (6168 mots) Publié le: 31 août 2013
DIDEROT
LETTRE SUR LE COMMERCE DE LA LIBRAIRIE






Lettre historique et politique adressée à un magistrat sur le commerce de la librairie, son état ancien et actuel, ses réglements, ses privilèges, les permissions tacites, les censeurs, les colporteurs, le passage des ponts et autres objets relatifs a la police







Vous désirez, monsieur, de connaître mes idées sur uneaffaire qui vous paraît très importante, et qui l´est. Je suis trop flatté de cette confiance pour ne pas y répondre avec la promptitude que vous exigez et l´impartialité que vous êtes en droit d´attendre d´un homme de mon caractère. Vous me croyez instruit, et j´ai en effet les connaissances que donne une expérience journalière, sans compter la persuasion scrupuleuse où je suis que la bonne foi nesuffit pas toujours pour excuser des erreurs. Je pense sincèrement que dans les discussions qui tiennent au bien général, il serait plus à propos de se taire que de s´exposer, avec les intentions les meilleures, à remplir l´esprit d´un magistrat d´idées fausses et pernicieuses.

Je vous dirai donc d´abord qu´il ne s´agit pas simplement ici des intérêts d´une communauté. Eh ! que m´importe qu´il yait une communauté de plus ou de moins, à moi qui suis un des plus zélés partisans de la liberté prise sous l´acception la plus étendue, qui souffre avec chagrin de voir le dernier des talents gêné dans son exercice, une industrie, des bras donnés par la nature, et liés par des conventions, qui ai de tout temps été convaincu que les corporations étaient injustes et funestes, et qui enregarderais l´abolissement entier et absolu comme un pas vers un gouvernement plus sage ?

Ce dont il s´agit, c´est d´examiner, dans l´état où sont les choses et même dans toute autre supposition, quels doivent être les suites des atteintes que l´on a données et qu´on pourrait encore donner à notre librairie; s´il faut souffrir plus longtemps les entreprises que des étrangers font sur son commerce;quelle liaison il y a entre ce commerce et la 1ittéraure; s´il est possible d´empirer l´un sans nuire à l´autre, et d´appauvrir le libraire sans ruiner l´auteur; ce que c´est que les privilèges de livres; si ces privilèges doivent être compris sous la dénomination générale et odieuse des autres exclusifs; s´il y a quelque fondement légitime à en limiter la durée et en refuser le renouvellement; quelleest la nature des fonds de la librairie; quels sont les titres de la possession d´un ouvrage que le libraire acquiert par la cession d´un littérateur; s´ils ne sont que momentanés, ou s´ils sont éternels. L´examen de ces différents points me conduira aux éclaircissements que vous me demandez sur d´autres



Mais avant tout, songez, monsieur, que sans parler de la légèreté indécente dans unhomme public à dire, en quelque circonstance que ce soit, que si l´on vient à reconnaître qu´on a pris un mauvais parti, il n´y aura qu´à revenir sur ses pas et défaire ce que l´on aura fait, manière indigne et stupide de se jouer de l´état et de la fortune des citoyens, songez, dis-je, qu´il est plus fâcheux de tomber dans la pauvreté que d´être né dans la misère; que la condition d´un peupleabruti est pire que celle d´un peuple brute; qu´une branche de commerce égarée est une branche de commerce perdue; et qu´on fait en dix ans plus de mal qu´on n´en peut réparer en un siècle. Songez que plus les effets d´une mauvaise police sont durables, plus il est essentiel d´être circonspect, soit qu´il faille établir, soit qu´il faille abroger; et dans ce dernier cas, je vous demanderai s´il n´yaurait pas une vanité bien étrange, si l´on ne ferait pas une injure bien gratuite a ceux qui nous ont précédés dans le ministère, que de les traiter d´imbéciles sans s´être donné la peine de remonter à l´origine de leurs institutions, sans examiner les causes qui les ont suggérées, et sans avoir suivi les révolutions favorables ou contraires qu´elles ont éprouvées. Il me semble que c´est dans...
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