Elle était déchaussée

Pages: 9 (2037 mots) Publié le: 26 mars 2012
Victor Hugo

« Elle était déchaussée, elle était décoiffée… »

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,
Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;
Moi, qui passais par là, je crus voir une fée,
Et je lui dis : Veux-tu t’en venir dans les champs ?

Elle me regarda de ce regard suprême
Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,
Et je lui dis : Veux-tu, c’est le mois oùl’on aime,
Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

Elle essuya ses pieds à l’herbe de la rive,
Elle me regarda pour la seconde fois,
Et la belle folâtre alors devint pensive.
Oh ! comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

Comme l’eau caressait doucement le rivage !
Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,
La belle fille heureuse, effarée et sauvage,
Ses cheveuxdans ses yeux, et riant au travers.

Montfort l’Amaury, juin 183. – 16 avril 1853
(dans Les Contemplations, Autrefois, I, 21)
Introduction.

Ce texte de Victor Hugo (1802-1885), l’un des plus grands auteurs romantiques du XIXe siècle, fait partie d’un recueil poétique composé de six livres, Les Contemplations (1856), sorte d’« autobiographie en vers » écrite en hommage à sa fille morte noyéeun peu plus de dix ans auparavant (1843).

Profondément marqué par cette épreuve, V. Hugo organisera alors son ouvrage en deux parties : la première, intitulée Autrefois (livres I à III, 1830-1843), avant la mort de Léopoldine, se fait l’écho d’une période heureuse d’amour et de joie de vivre, tandis que la seconde, intitulée Aujourd’hui (livres IV à VI, 1843-1855), et mise en forme après ledrame de la noyade, contient des poèmes aux accents plus sombres, angoissés, mais non dépourvus de toute espérance.

Bien qu’écrit en 1853, le poème « Elle était déchaussée » appartient au Livre I intitulé Aurore qui rassemble les souvenirs de jeunesse de l’auteur, dans les années 1830. Le poète y évoque, comme dans un rêve, l’épisode heureux d’une rencontre amoureuse au bord de l’eau, sur un ton àla fois lyrique et romantique.

Sur une musique légère et joyeuse que dessine la texture du poème, c’est comme un ballet à trois – les futurs amants bercés par la nature – qui se joue en deux actes, actualisant ainsi, à travers un souvenir personnel du poète, quelque chose du caractère éternel du mythe de l’Éden.
I.- La mise en musique d’une improbable rencontre amoureuse

L’auteur a donnéune forme en apparence assez classique au récit poétique et onirique de cette rencontre inattendue qu’il a vécue : quatre strophes (quatrains) d’alexandrins alternant rimes féminines et masculines dans une disposition croisée (ABAB), avec :
- la mise en scène de trois personnages (strophes 1 et 2) : les protagonistes de la rencontre (« Elle » / « Moi…je »), et leur témoin, Dame Nature (avec ses« joncs penchants », ses « champs », ses « arbres profonds », etc.), qui offre un cadre pour une invitation à l’amour de la part du promeneur (« Moi, qui passais par là… : Veux-tu… ? », vv. 3-4 et vv. 7-8) à celle qu’il prend pour « une fée » (v. 3) ,
- puis, avec les strophes 3 et 4, le temps de réflexion de cette « belle folâtre » (v. 13) et sa réponse évoquée par son mouvement d’« advenue » auprèsdu promeneur-narrateur (v. 14).

Toutefois, derrière cette structure poétique courante choisie pour évoquer un thème lui-même assez fréquent et banal, - celui de l’amour qui survient entre deux êtres qui se croisent par hasard dans la nature -, se cachent des effets littéraires plus libres et bienvenus comme pour animer le texte du caractère surprenant, insaisissable et inattendu de l’émotionamoureuse.
Ainsi, le rythme classique de l’alexandrin avec sa césure à l’hémistiche (6 pieds / 6 pieds) n’est pas toujours respecté : l’harmonie des vers 1, 3, 5, 9, 14 et 16 se voit bousculée, exprimant ainsi tantôt le bouleversement provoqué par la surprise ressentie par le promeneur à la vue subite d’une femme aux pieds nus (v. 2), tantôt un certain suspense avant chaque prise de parole...
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