Ethique lévinassienne ou morale quantique

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Le norvégien P. Nortvedt montre qu’il est essentiel dans le champ de la santé de remettre en cause les orientations présidant à l’institutionnalisation du soin dans sa visée de généralité. Pourtant cette position est ardue et probablement peu audible, dans un contexte contemporain global où prime la loi d’airain d’un économisme néolibéral « sans limites », qui ploie l’autre sous le joug de son « outilisation » et de sa massification. Hassenfeld a montré que les politiques de santé en occident sont mises à mal par des principes expérimentés sur un autre type d’échelle à l’époque de l’Allemagne nazie, qui finissent par édulcorer le sens même de la relation médecin-malade, contrainte à une mise au pas technicienne et gestionnaire. Mais cette critique du fonctionnement des systèmes de santé requiert au préalable une analyse philosophique en amont permettant de clarifier les éléments théoriques sous jacents qui entrent en ligne de compte dans les orientations présentes.

La pratique soignante elle-même est travaillée par l’idée d’une dualité : celle de savoir qui doit bénéficier du soin : est-ce le proche en vertu de sa proximité en tant qu’il est un patient hic et nunc, ou le lointain en tant qu’il fait partie du lot de tous les autres ? Comment autrement dit « équilibrer les revendications de justice universelle avec celle émanant des proches auxquels nous sommes liés dans un sens ou un autre ? Même si le souhait d’assurer un égal partage des bénéfices des soins pour tout le monde est un réquisit central de la justice distributive, un standard de soin individualisé pour le patient doit être maintenu ». Nortvedt montre diverses tentatives de philosophes américains qui ont tenté de réconcilier ce souci de justice impartiale avec celui privilégiant la proximité de l’autre concret que l’on ne souhaite pas instrumentaliser. Solution de S. Scheffler ou T. Nagel par exemple, légitimant finalement la « partialité » de la seconde attitude. Mais ces positions tentant de

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