Faut-il s'abstenir de penser pour être heureux ? antique

Pages: 7 (1730 mots) Publié le: 24 mars 2010
Faut-il s'abstenir de penser pour être heureux ? Antique

2. Réponse spontanée et réponse paradoxale justifiées

Le corps ne pense pas : il ressent le plaisir et éprouve la douleur. Dès lors, la pensée ne peut rien avoir avec le bonheur, essentiellement corporel.

Pourtant, le bonheur touche à l’éternité. Pour le distinguer du plaisir, il doit durer. Dès lors, la pensée, seul moyen pournous d’accéder à l’intemporel, constitue la voie royale pour atteindre le bonheur.

3. Argumentation de la thèse et de l'antithèse

3.1. Thèse : le bonheur comme excellence du corps

Défini comme « plaisir durable », le bonheur se présente d’abord comme un plaisir, c’est-à-dire comme une action agréable par elle-même ; or le plaisir relève des sensations, donc forcément du corps (pour lesGrecs, la pensée ne « sent » rien). Quel est ce plaisir ? Il s’agit de la jouissance ressentie lorsqu’un besoin est satisfait. (Au passage, qu’il me soit permis de dire ma consternation qu’aucune copie ne mentionne la jouissance – y compris dans son acception « extrasexuelle ». Vous avez dix-huit ans, sacrebleu ! A lire vos copies, on a souvent l’impression d’entendre radoter un petit vieux rabougri.)Les premiers cyrénaïques (notamment Aristippe de Cyrène, que j’ai eu le plaisir de croiser dans deux copies, bonus !) prônaient l’absence complète de pensée pour se livrer entièrement, de tout cœur, de tout corps, aux plaisirs matériels. Bonheur enfantin insouciant (comme l’ont noté deux copies, bonus !) ? Bonheur de bête ? Oui, mais bonheur authentique, intense, vécu dans son intégralité dansune complète adhésion au réel, une acceptation totale du cosmos, qui surmonte le « drame de la conscience », cette première misère qui vient dès le début de la pensée (voir ce cours). Imbéciles heureux ? Non : imbéciles donc heureux.

Malheureusement, à se dégrader jusqu’au niveau du chien ou du porc, on s’aperçoit d’un point assez gênant : à supposer même qu’elles soient heureuses, ces bravesbêtes n’en ont pas la moindre idée, et pour cause ! Elles ne pensent pas. Voilà qui est tout de même rageant : au sommet de la félicité, nous voilà incapables de nous rendre compte ! (Pour info, pris dans ce paradoxe indémêlable, les derniers cyrénaïques ont préféré, pour la plupart, se suicider, jusqu’à ce que Ptolémée intervînt pour fermer l’école.)

Quitte, alors, à penser, on peut essayer dela réduire à un niveau accessoire ou instrumental. Quand Epicure écrit : « Le plaisir est pour nous le début et la fin de la vie heureuse », il a, dans un sens, tout dit : pour l’épicurien, le travail mental peut se résumer au « calcul » des plaisirs (voir la Lettre à Ménécée), afin de distinguer quels désirs constituent à proprement parler des besoins naturels et nécessaires, et lesquels, vains ounon-naturels, doivent être suspendus temporairement (ou définitivement), pour conserver la santé – c’est-à-dire ce qui permet à notre corps de ressentir correctement du plaisir.

3.2. Antithèse : le bonheur s’éternise

La pensée, vous lui donnez le doigt, elle prend le bras !

Epicure lui-même l’affirme : avant d’adhérer à la doctrine du calcul des plaisirs, il faut s’être débarrassé desproblèmes faux, certes, mais sources d’angoisse, que sont notamment la perspective de la mort et la crainte des dieux. Comment y parvenir ? En adoptant la conception atomiste du monde, c’est-à-dire une théorie physique. Sitôt qu’on entrouvre la porte à la pensée, aussitôt c’est tout l’Univers qui entre avec elle.

Par ailleurs, « calcul des plaisirs » ? interrogerait Socrate. Calcul par rapportà qui ? Par rapport à la personne qui calcule, bien sûr. Du coup, avant de « calculer » quoi que ce soit, la personne en question doit mener une belle introspection. « Gnôthi seauton » : connais-toi toi-même. Inspecte-toi. (Voir aussi, pour comparer, la première partie du corrigé « moderne ».)

Socrate, lors de son procès (voir ce cours), déclare à ses juges : « Moi, je vous rends vraiment...
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