Faut-il s'abstenir de penser pour être heureux ?

Pages: 7 (1591 mots) Publié le: 5 avril 2010
On n’insistera jamais assez sur la nécessité absolue de prendre le temps de définir les termes du sujet (voyez les conseils de méthode ici). Vous n’avez pas le français infus. Le constat me paraît déjà grave par lui-même ; plus grave encore, à mes yeux, apparaît ce deuxième constat : vous n’en avez cure. Le « bonheur » a donné lieu à des confusions avec le plaisir, la joie, l’entrain, lafélicité, la satiété, la satisfaction et même la bonne humeur. La « pensée » eut l’infortune de se voir mélangée avec la réflexion, la conscience, le raisonnement, l’imagination, la mémoire, l’inventivité, l’esprit, et même la philosophie, qui n’en demandait pas tant. Heureusement, il existe des pensées non-philosophiques ! Sinon, comment voulez-vous que ma discipline se constitue de manière autonome ?Des termes mal définis impliquent un problème faussé (voire un faux problème, ou même pas de problème du tout) or déterminer le problème doit être pour vous la priorité des priorités (voyez ici).

« Bonheur » s’entend au sens de joie ou de plaisir durable (voire constant). On peut bien sûr préciser avec Aristote qu’il s’agit du Souverain bien et qu’en conséquence tous les actes humains peuvents’analyser comme une marche vers le bonheur : mais cette description ne fournit pas à elle seule une définition. Tout au plus la complète-t-elle utilement.

« Pensée » peut s’entendre dans deux acceptions inconciliables, qu’une culture philosophique suffisante permettait de trouver tout de suite, mais qu’une minute d’examen dégageait tout aussi bien. Pour Descartes, la pensée englobe toutes lesopérations mentales, sans exception – y compris le rêve, par exemple. Pour Hegel en revanche, n’accèdent au titre de « pensée » que les expressions mentales pouvant prendre la forme d’un énoncé intelligible (autrement dit, la pensée se restreint au rationnel, et exclut la perception, les sentiment, les intuitions…).

1.2. Forme de la question

« S’abstenir de » pouvait s’entendre dans deux sensdifférents, dont l’un peut être évacué tout de suite. Soit il s’agit d’un simple « ne pas » (ne pas penser), soit il s’agit de « s’empêcher de », « s’interdire de », dans une sorte de « protectionnisme » (bonus ! pour la copie qui a trouvé cet excellent mot) contre les effets délétères de la pensée ; mais dans ce second sens, il est clair que ce précepte : « Tu dois t’interdire de penser » est… unepensée. La contradiction manifeste permettait d’évacuer cette lecture de la question.

1.3. Relations entre les termes

La question – le fait est assez rare pour être salué – pouvait prendre deux tonalités très différentes selon qu’on mettait l’accent sur le bonheur ou sur la pensée.

Dans la première préoccupation, typiquement grecque, la question se formulait de la sorte : dans la quête dubonheur, faut-il considérer la pensée comme une fausse piste ? Dans la seconde, typiquement moderne, la question se tournait autrement : la pensée empêche-t-elle le bonheur ?

2. Réponse spontanée et réponse paradoxale justifiées

A peu de choses près, les modernes commencent, avec Descartes, là où les anciens s’étaient arrêtés. L’esprit étant notre être même, et la pensée étant son actionnaturelle, il s’ensuit que le bonheur se confond forcément avec l’activité de l’esprit.

Pourtant, cette même pensée, critique par elle-même, ruine peut-être la notion du bonheur.

3. Argumentation de la thèse et de l'antithèse

3.1. Thèse : la pensée comme activité unique de l’esprit

« Je pense, donc je suis » : il faut entendre cette phrase au double sens que lui donne Descartes : primo,si je pense, alors je ne peux pas être rien, donc (déduction logique) je suis ; secundo, du fait même que je pense, je suis, parce que je suis cette pensée, qui épuise tout mon être. Je pense, donc (équivalence mathématique, =) je suis (voir le cours sur le cogito ici).

Puisque je me résume entièrement à cette pensée, il est clair que mon bonheur se résume à découvrir les connaissances «...
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