François villon : la ballade des pendus

Pages: 6 (1405 mots) Publié le: 27 juin 2012
Villon n'est pas un poète comme les autres : outre cette qualification, il était bandit, trousseur, assassin ; et malgré ses puissantes aides et ses mécènes, il s'est retrouvé plusieurs fois menacé par la justice royale. De rixes en exils, en passant par des cambriolages célèbres, il a été, dès la moitié du XVe siècle, ce qu'on pourrait aujourd'hui appeler le premier des Poètes Maudits (dont lalignée se perpétue notamment par Rimbaud, Baudelaire, Verlaine...) . Côtoyant la mort tous les jours, et même une fois devenu chair de potence, il ne semble pas se faire impressionner par la Faucheuse en composant ses Lais : un recueil qui parodie un testament. C'est également le sujet de son œuvre la plus grande, Le Testament, composé dit-on lors de son attente de l'embrassade du grand spectresombre, dans le couloir de la mort. Ici, l'ironie ne pointe plus ou presque : c'est l'enchevêtrement affolant entre morts et vivants qui l'interpelle, à la manière des danses macabres qui courent dans les murs de son pays d'alors. La Ballade des pendus est donc un appel d'un Villon déjà mort, ou medium de ses prochains compagnons, auprès des vivants. Il s'adresse aux vivants, mais pas dans n'importequelle visée.
En quoi ce texte constitue-il une litanie ?
Notre première étape nous mènera à comprendre ce que les morts veulent des vivants et comment ils l'expliquent ; puis dans un deuxième temps nous nous intéresserons au lien indissociable entre morts et vivants, et la danse qui les agite.

Tout d'abord, cette Ballade des Pendus est une adresse des morts aux vivants. Les trépassésveulent susciter la compassion des vivants, même s'ils ne la méritent pas.
Cette prière a pour objet la compassion des vivants à l'égard des pendus. A l'entrée de la ballade, l'impératif est suppliant : « N'ayez les cœurs contre nous endurcis. », autrement dit « Vous, Hommes, ayez pitié de nous pauvres pendants ». Nous retrouvons cette idée tout au long du poème : au dernier vers chaque strophe –comme toute ballade – Villon supplie les vivants de prier pour l'absolution de tous. Nous retrouvons là un élément de la litanie, dont les prières se terminent par la même formule. Plus précisément, il dit aux vers 10-11 que les vivants ne doivent pas avoir de dédain envers les morts, bien qu'occis par justice. Son sentiment de peine grandit encore au cours du texte, par l'objurgation vers 19 : « âmene nous harie », (harier dans le sens tourmenter) : les morts par pendaison sont bien assez torturés pour se voir encore harceler par les vivants dédaigneux. Au moment de l'envoi, nous retrouvons un curieux dédicataire, qui ne semble pas être mécène ou le protecteur du poète (il serait alors bien faible, puisque Villon attend sa pendaison), comme la coutume le voudrait : non content de prier lesHommes, le poète s'en remet en effet à Jésus, et semble avoir encore de vivacité pour prier pour son salut, pour ne pas avoir à payer l'obole et de ce fait s'enfoncer dans les enfers.

L'argumentation utilisée par Villon est métaphysique et atteint d'une façon ou d'une autre sa cible : ce thème de la mort est fertile en appels au sentiment religieux de l'allocutaire. Villon commence trèssimplement aux vers 3-4 où il prévient les Hommes d'une possible retombée positive pour leur âme au cas où ils prendront pitié des morts. C'est un marché que Villon va cherche beaucoup plus haut que lui, en engageant Dieu lui-même dans la partie. Puis en s'engageant dans cette idée de mort, il fait une concession : les pendus le sont par justice, ils méritent cette peine. Il en fait d'ailleurs mêmeréférence vers 29 : « notre confrérie », sous-entendu « les fripons, coquins, malandrins, manants, pendards... ». Mais il pose en substance cette question : quelle peine méritent-ils exactement ? La souffrance, la mort, ou l'enfer ? La souffrance, ils l'ont subie, assurément, avant et pendant l’événement. La mort le clôt. Pour Villon, c'est déjà assez : un fripon est beaucoup moins dangereux une...
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