Gaspard de la nuit dissertation

19920 mots 80 pages
Aloysius Bertrand
Gaspard de la Nuit
Fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot Ami, te souviens-tu qu’en route pour Cologne, Un dimanche, à Dijon, au cœur de la Bourgogne, Nous allions admirant clochers, portails et tours, Et les vieilles maisons dans les arrière-cours ? SAINTE-BEUVE. — Les Consolations.

Gothique donjon Et flèche gothique[1] Dans un ciel d’optique, Là-bas, c’est Dijon. Ses joyeuses treilles N’ont point leurs pareilles ; Ses clochers jadis Se comptaient par dix. Là, plus d’une pinte Est sculptée ou peinte ; Là, plus d’un portail S’ouvre en éventail. Dijon, moult te tarde ![2] Et mon luth camard Chante ta moutarde Et ton Jacquemart ! Gaspard de la Nuit
J’aime Dijon comme l’enfant sa nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète la jouvencelle qui a initié son cœur. — Enfance et poésie ! Que l’une est éphémère, et que l’autre est trompeuse ! L’enfance est un papillon qui se hâte de brûler ses blanches ailes aux flammes de la jeunesse, et la poésie est semblable à l’amandier : ses fleurs sont parfumées et ses fruits sont amers. J’étais un jour assis à l’écart dans le jardin de l’Arquebuse, — ainsi nommé de l’arme qui autrefois y signala si souvent l’adresse des chevaliers du Papeguay. Immobile sur un banc, on eût pu me comparer à la statue du bastion Bazire. Ce chef-d’œuvre du figuriste Sévallée et du peintre Guillot représentait un abbé assis et lisant. Rien ne manquait à son costume.

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