Georges poulet: du brouillard à l'indéterminé

Pages: 98 (24476 mots) Publié le: 9 mai 2010
Georges Poulet : du brouillard à l’indéterminé

A Jean-Pierre Richard..

C’est par la confusion que tout commence. D’emblée, dès les tout premiers instants de l’aventure d’être et d’écrire, presque dès les premières pages données par le jeune Poulet à l’imprimeur, on la voit en effet établir son règne, exercer ses pouvoirs, imposer sa loi à la pensée, à l’imagination, à la conscience.Ouvrir La Poule aux œufs d’or, cet unique roman écrit et publié par Poulet sous le pseudonyme de Georges Thialet en 1927, ouvrage sur lequel il a pris soin d’étendre rapidement le voile du silence et de l’oubli, c’est voir d’autres voiles, innombrables, se lever et s’interposer partout. Face au monde et à l’amour, le jeune héros, François Dûre, s’épuise à essayer de voir clair dans l’un et dansl’autre. Tâche malaisée déjà en ce qui concerne le monde, en raison des brouillards divers qui, inlassablement, inéluctablement, viennent l’envelopper. Presque pas de page, en effet, pas de paysage où ne se hâtent de s’insinuer brouillards, brumes, buées, voiles, vapeurs, gazes, nuages, fumées, ombres, pénombres, obscurités de toutes sortes ! Chaque saison, chaque heure du jour a les siens, et pour legrand déplaisir, le grand inconfort du héros. Il « souffrait, nous dit le romancier, de voir l’obscurité étendre et adoucir les arêtes du rivage » (1). Rien d’apaisant, non plus, du côté de « cette mauvaise brume » (2), ou du « brouillard laid (qui) barre les routes » (3), ou encore de la « gaze brûlante de l’horizon » (4). Face à de telles agressions, rien ne sert d’ailleurs de regimber :« François Dûre se taisait. Le brouillard lui faisait mal » (5). Inutile aussi de chercher à les fuir, ces brouillards. Vaine, apparemment, toute tentative de se soustraire à leur action incommodante, à leur malveillance, à leurs maléfices. Car non contents de s’interposer entre le monde et l’être, ils viennent aussi indisposer grandement ce dernier en s’agglutinant, pour ainsi dire, à lui ! Ainsi, ce« corps vaporeux et agile des brouillards de mars » (6), qui vient audacieusement épouser celui du marcheur :

« Semblables à une nuée d’oiseaux blessés qui, par quelque cataclysme bizarre ou quelque mystérieuse et trop brusque saute de vent, auraient été précipités sur le sol et qui auraient voulu à nouveau s’élever, (les brouillards) entouraient François Dûre et frôlaient ses mains nues, sa nuqueet son visage, et si audacieux que, chassés, ils seraient revenus encore se poser sur son épaule. » (7)

Plus grave encore : l’invasion du dedans par ces importuns ! Car les brouillards en effet peuvent ici s’introduire à l’intérieur même de la pensée, en prendre d’une certaine manière possession, et placer alors le sujet dans l’étrange impossibilité de distinguer encore nettement lequel, del’intérieur ou de l’extérieur, est devenu leur campagne, leur champ de manoeuvres :

« François indécis ne savait où aller. Dans les routes fuyantes que lui ménageait le brouillard il ne trouvait pas un but net qui pût achever sa pensée. » (8)

Difficile, ici, pour le promeneur, d’encore localiser l’expérience, de la rattacher aux pas faits au dehors ou à ceux accomplis au dedans, dans lemonde ou dans le moi. Tout au plus peut-il faire le constat, comme le note le narrateur, que « le brouillard avait changé d’aspect » (9). D’aspect, mais sans doute aussi de lieu de résidence, de terrain d’élection, troquant en quelque sorte la géographie urbaine contre celle de l’esprit :

« (...) poussé par le vent sur l’habituel terre-plein où son pied évite le même ruisseau que tous lessoirs, François Dûre s’avance jusqu’aux contrées volontaires où l’esprit souffle et crée à son image. Le brouillard était grand. (...) » (10)

« Grand », le brouillard, mais aussi maintenant intérieur, et exerçant alors son action maléfique, perpétrant ses méfaits de ce côté-ci du front :

« Une grande douleur confuse emplit le creux des tempes. » (11)

« Un trouble l’envahit....
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Georges Poulet
  • poulet a la caccioatore
  • A george sand
  • a George sans de musset
  • Musset a george sand
  • A george sand
  • Poème " a george sand "
  • « Lettre à mon juge « de georges simenon.

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !