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2494 mots 10 pages
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André Durand présente

‘’Sed non satiata’’

poème de Charles BAUDELAIRE

dans

‘’Les fleurs du mal’’
(1861)

Bizarre déité, brune comme les nuits, Au parfum mélangé de musc et de havane,
Oeuvre de quelque obi, le Faust de la savane, Sorcière au flanc d'ébène, enfant des noirs minuits, Je préfère au constance, à l'opium, au nuits,
L'élixir de ta bouche où l'amour se pavane ; Quand vers toi mes désirs partent en caravane, Tes yeux sont la citerne où boivent mes ennuis. Par ces deux grands yeux noirs, soupiraux de ton âme, Ô démon sans pitié! verse-moi moins de flamme;
Je ne suis pas le Styx pour t'embrasser neuf fois, Hélas! et je ne puis, Mégère libertine,
Pour briser ton courage et te mettre aux abois, Dans l'enfer de ton lit devenir Proserpine!

Commentaire

‘’Sed non satiata’’ fait partie du cycle de Jeanne Duval, la maîtresse de Baudelaire qui l’appelait «la Vénus noire», car elle était une mulâtresse. Le poète Thédore de Banville l’évoqua dans ses souvenirs : «C’était une fille de couleur, d’une très haute taille, qui portait bien sa brune tête ingénue et superbe, couronnée d’une chevelure violemment crespelée, et dont la démarche de reine, pleine d’une grâce farouche, avait quelque chose à la fois de divin et de bestial.»
Charles Cousin, un ami de Baudelaire, précisa (dans ‘’Souvenirs-Correspondances’’) que ce poème fut composé aux environs de 1842-1843, à une époque où il lisait les poètes baroques auxquels était familier le thème de la «belle Maure», qu’il aurait voulu traiter à son tour, mais à la manière moderne.

Le titre est tiré de Juvénal qui, parlant de Messaline, femme de l’empereur Claude, réputée pour sa tyrannie et pour ses appétits sexuels insatiables, écrivit : «Et lassata viris, sed non satiata recessit» (VI, 130) - «Et elle se retira, fatiguée des hommes, mais non rassasiée». Le choix de ces mots latins était pour Baudelaire un moyen de

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