Hiroshima 54 jours d'enfer

Pages: 6 (1379 mots) Publié le: 6 novembre 2013
n ciel sans nuage. Des ombres profondes contrastant avec les reflets du soleil sur les feuillages de mon jardin. Voilà ce que je contemplais, ce jour-là, tôt dans la matinée. Je suis allongé sur la terrasse du living-room, en pantalon et en maillot de corps ; j'ai veillé toute la nuit à l'hôpital.
Soudain, il y a n un éclair, puis un autre, et je me souviens - on se souvient toujours des chosesidiotes - que je me demande sur le moment si ce sont des éclairs de lampes à magnésium ou des étincelles provoquées par un trolleybus.
Ombres et reflets, tout a disparu. Il n'y a plus qu'un nuage de poussière au milieu duquel je n'aperçois qu'une colonne de bois qui supportait un angle de ma maison. Elle a pris une inclinaison bizarre et le toit de la maison a lui-même l'air de hoqueter.Instinctivement, je me mets à courir. Ou du moins j'essaie. Inutilement. Des poutres jonchent déjà le sol. J'ai grand-peine à atteindre le jardin. Et là, tout à coup, je me sens extraordinairement faible. je dois m'arrêter pour reprendre des forces. C'est là que je m'aperçois que je suis complètement nu ! Où sont donc passés mon pantalon et mon maillot ? Qu'est-il arrivé ?
je regarde mon côté droit :il est tout ensanglanté ; j'ai également une blessure à la cuisse. L'éclat de bois qui l'a produite y est resté fiché. Quelque chose de chaud coule dans ma bouche : ma joue est déchirée. Enfin, en passant la main sur mon cou, j'en ramène un morceau de verre de belle taille que j'examine avec autant de détachement que si j'étais dans mon laboratoire, penché sur un microscope.
Et soudain, je pense: « Et ma femme . où est-elle passée ? » je crie : « Yaeko-San, Yaeko-San, où es-tu ? »
Mon sang continue à jaillir. Est-ce que par hasard j'aurais la carotide tranchée ? Est-ce que je vais saigner à mort, comme un porc qu'on égorge ? De plus en plus effrayé, et pour moi et pour elle, j'appelle de nouveau : « Yaeko-San, où es-tu ? Il est tombé une bombe de cinq tonnes. Réponds-moi, Yaeko-San. Oùes-tu ? ».
Pâle et terrifiée, en loques, couverte de sang, je la vois enfin surgir des buissons de notre maison. Je pousse un soupir de soulagement et l'entraîne par la main.
Rien que pour parcourir le bout de sentier qui joint la maison à la rue, nous trébuchons je ne sais combien de fois. Soudain, alors que nous sommes déjà dans la rue, je marche sur quelque chose de mou. En me relevant, jem'aperçois que c'est la main d'un homme.
- Excusez-moi ! Oh ! excusez-moi ! je me mets à balbutier, pris d'épouvante.
Il n'y a pas de réponse. La main est celle d'un jeune homme dont une lourde porte cochère, en tombant, a écrasé la tête.
Nous voilà dans la rue, affolés, ne sachant que faire ni où aller; la maison devant laquelle nous nous trouvons s'affaisse tout à coup, dans un bruit de papier.Puis notre propre maison, que nous venons de quitter, se met à osciller, comme prise de vertige, et s'écrase dans un nuage de poussière. Toute la rue s'écroule. De par tout des incendies jaillissent, que le vent, aussitôt, transporte un peu plus loin.
Devant ce spectacle, je n'ai plus qu'une idée en tête : gagner l'hôpital. Mais j'ai à peine fait trente pas que je dois m'arrêter. Mes jambesrefusent de me porter ; je n'ai plus de souffle ; je meurs de soif.
- Yaeko-San, un peu d'eau !
Mais où aurait-elle trouvé de l'eau ?
Au bout d'un moment, je me remets sur mes pieds. Je suis complètement nu, mais, chose étrange, je n'en suis nullement gêné. Tout sentiment de pudeur m'a abandonné. Un peu plus loin, à un tournant, nous voyons apparaître un soldat qui, Dieu sait pourquoi. a uneserviette enroulée autour du cou. Je lui demande de me la donner pour cacher ma nudité. Il me la tend sans un mot ; il s'éloigne de même. Quelques mètres plus loin, je la perds et ma femme m'attache son tablier autour des reins.
Notre marche vers l'hôpital se déroule comme un film au ralenti. A la fin, je suis incapable de faire un pas de plus. Je dis alors à ma femme : « Va, toi. » Elle finit par...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Vous pouvez également trouver ces documents utiles

  • Hiroshima
  • hiroshima
  • Hiroshima
  • Hiroshima
  • Hiroshima
  • Hiroshima
  • hiroshima
  • Hiroshima

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !