Hugo3

Pages: 6 (3036 mots) Publié le: 14 avril 2015
« Planète-œil»

Les dessins de Victor Hugo
Dans l’ombre de l’homme public, à la fois poète, dramaturge et romancier, se cache la figure
nocturne de l’artiste graphique. Dès l’enfance, les carnets d’Hugo révèlent un goût à laisser
courir sa plume selon les caprices du hasard ou de l’inconscient. Mais c’est surtout lors de ses
voyages avec Juliette Drouet, illustrés de nombreuses compositions à lamine de plomb, que se
développe sa veine picturale. Dans les années 1840, la révélation du Rhin puis la mort tragique
de sa fille Léopoldine accentuent en lui le goût du fantastique et des ténèbres. Très pris par
ses activités politiques, il délaisse quelque peu l’écriture pour dessiner sans relâche un univers
à la mesure de son imagination : vues de châteaux surnaturels ou fantomatiques, deforêts
angoissantes, d’aspects insolites de Paris ou de mystérieux végétaux. L’exil, tout en renouvelant
son inspiration, suscite des expériences propres à traduire sa fièvre de création : fusain,
gouache, sépia, aquarelle, mais aussi pochoirs, découpages, cartons…
L’œuvre graphique d’Hugo est un univers de contrastes où tout semble déconstruit et
reconstruit sous l’effet d’une imagination libérée descontraintes de l’écriture. Si pour le poète,
les voyelles portent les couleurs de l’arc-en-ciel, son langage graphique révèle un chaos
traversant toutes les nuances du noir et du blanc. Orages, tempêtes, paysages tourmentés,
brumes des cimes, burg fantastique, où le plus petit, soumis aux « grossissements de la rêverie »
peut devenir gigantesque : les « choses vues » deviennent visions, mirages oùseul le caprice
de l’imaginaire préside au destin de l’image. La réalité n’existe que dans les mouvements de
la « désagrégation » et des « nuées » : « ceci flotte et se décompose, ceci est stable et incohérent.
Un reste d’angoisse est dans la création ». L’activité graphique ouvre la voie à cette angoisse
échappée de la conscience car « on ne peut rien saisir, on a sur soi on ne sait quelleévidence
noire ». Si Hugo « jette l’encre au hasard sur le papier », c’est peut-être pour juguler cette part
de pulsionnel et d’incontrôlable de son processus de création et pour mieux approcher l’invisible,
situé dans les champs infinis de l’ombre et de la lumière.
Cette part méconnue de son œuvre, qualifiée par son auteur d’« espèces d’essais faits par moi,
à des heures de rêverie presque inconsciente,avec ce qui restait d’encre dans ma plume »,
rend compte d’une sensibilité qui « n’oublie jamais qu’en ce monde toute figure, belle
ou difforme, est suivie d’un spectre noir comme d’un page ténébreux » (Théophile Gautier).

a

« L’Ermitage»
Plume, encres brune et noire
et lavis, crayon de graphite,
fusain, grattages, utilisation
d’un pochoir
MVH, Inv. 42 © PMVP

Empreinte du fantastique

LesOrientales, Fusain, plume et pinceau, encre brune et lavis, rehauts
de blanc, de bleu, de vert, de rouge ; empreintes de dentelle
BNF, Mss, N. a. fr. 13351, f o 8

Des ténèbres à la lumière

Pour Hugo, le monde, reflet « compliqué
de l’ombre », penche plutôt du côté des
ténèbres, non pas des ténèbres opaques
mais de celles où surgissent les ombres,
où les contours se dessinent et forment
les débutsde la lumière et de la vie.
Les combats du jour et de la nuit,
emblématiques de la lutte antithétique
des éléments naturels, peuvent tout
aussi bien être ceux de la terre et du ciel,
du vent et de la mer. La mer est blanche
tandis que la neige est noire, le soleil
peut être noir tandis que s’illumine
la nuit. D’où vient la lumière et quelle est
cette lumière ? Est-ce celle des étoiles,
du soleil,de la lune, ou de la lutte
acharnée du navire contre la tempête ?
Il pourrait tout aussi bien s’agir
de la lutte de l’homme contre la mort
ou contre l’ignorance, car c’est dans
le « clair-obscur terrible » de soi-même
qu’il faut se pencher pour appréhender
le monde : « C’est au dedans de soi
qu’il faut regarder le dehors ».

Les formes de la nuit vont et viennent dans l’ombre
Et nous, pâles,...
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