Incipit : lunar park - bret easton ellis

Pages: 5 (1102 mots) Publié le: 3 février 2013
1 Les débuts


« Tu fais vraiment très bonne impression. »
C’est la première phrase de Lunar Park et dans sa brièveté et sa simplicité, elle était censée être un retour à la forme, un écho, de la première ligne du roman de mes débuts, Moins que zéro :
« Les gens ont peur de s’engager sur les autoroutes à Los Angeles. »
Depuis, les phrases d’ouverture de mes romans sont devenues exagérémentcompliquées et fleuries, lestées par une insistance abusive et inutile sur des détails, en dépit de l’art avec lesquelles elles sont composées.
Mon deuxième roman, Les Lois de l’attraction, commençait avec celle-ci :
« Et c’est une histoire qui va peut-être t’ennuyer mais tu n’es pas obligé d’écouter, elle m’a dit, parce qu’elle avait toujours su que ça se passerait comme ça, et c’était,pense-t-elle, sa première année ou plutôt son premier week-end, en fait un vendredi de septembre à Camden, et cela se passait il y a trois ou quatre ans, et elle avait tellement bu qu’elle avait fini au lit, perdu sa virginité (tard, à dix-huit ans) dans la chambre de Lorna Slavin, parce qu’elle était en première année, qu’elle partageait sa chambre et que Lorna était, se souvient-elle, en troisième ouquatrième année et très souvent chez son petit ami en dehors du campus, déflorée non pas comme elle l’avait cru par un étudiant de deuxième année spécialisé en céramique, mais soit par un étudiant en cinéma de la fac de New York, venu dans le New Hampshire pour la soirée du Prêt à Baiser, soit par un type du coin. »

La suivante est tirée de mon troisième roman, American Psycho :
« VOUS QUIENTREZ LAISSEZ TOUTE ESPÉRANCE peut-on lire, barbouillé en lettres de sang au flanc de la Chemical Bank, presque au coin de la Onzième Rue et de la Première Avenue, en caractères assez grands pour être lisibles du fond du taxi qui se faufile dans la circulation pour s’éloigner de Wall Street, et à l’instant où Timothy Price remarque les mots, un bus s’arrête et l’affiche des Misérables collée à sonflanc lui bouche la vue, mais Price qui travaille chez Pierce & Pierce et a vingt-six ans n’a pas l’air de s’en soucier, car il promet cinq dollars au chauffeur s’il monte le son de la radio, qui passe Be My Baby sur WYNN, et le chauffeur, pas Américain, s’exécute. »
Celles-ci, de mon quatrième roman, Glamorama :
« Des taches, des taches partout sur le troisième panneau, vous voyez ? Non,celui-là, le deuxième à partir du sol et je voulais le faire remarquer à quelqu’un hier mais il y a eu cette séance de photos et Yaki Nakamari ou je ne sais comment s’appelle ce designer, sûrement pas un génie dans son genre, m’a pris pour quelqu’un d’autre et je n’ai donc pas pu me faire entendre, messieurs et mesdames, pourtant elles sont bien là : les taches, embêtantes ces taches minuscules, et ellesne donnent pas l’impression d’être accidentelles mais d’avoir été faites à la machine, on dirait, alors épargnez-moi toute la description, uniquement l’histoire réduite à sa plus simple expression, sans fioritures, le topo : qui, quoi, où, quand et n’oubliez pas pourquoi, même si j’ai le sentiment, à voir vos mines désolées, que je n’aurai pas de réponse au pourquoi. Alors, merde, quoi, dites-moice qui s’est passé ? »
(Zombies était un recueil de nouvelles publié entre American Psycho et Glamorama et comme il avait été en grande partie écrit quand j’étais encore à l’université – avant la publication de Moins que zéro – c’était un spécimen du même minimalisme dépouillé.)
Comme quiconque avait suivi la progression de ma carrière pouvait s’en apercevoir – et si, par mégarde, la fiction peutrévéler la vie intérieure d’un écrivain –, les choses devenaient incontrôlables, pour finir par ressembler à un truc qui était, selon le New York Times, « bizarrement compliqué... ampoulé et trivial... dopé », et je n’étais pas forcément en désaccord avec eux. Je voulais retourner à cette simplicité passée. J’étais accablé par ma vie et ces premières phrases semblaient être le reflet de ce qui...
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