journal_dun_prince

Pages: 416 (103907 mots) Publié le: 11 septembre 2014
Aux Marocains,
sans distinction.

AVANT-PROPOS

Tout livre est un contrat de confiance, et le livre d’un prince
marocain encore plus qu’un autre. En effet, jamais dans la
longue histoire dynastique du royaume, un membre de la famille
régnante n’a pris la plume pour partager ses idées avec
l’« extérieur », au-delà des murs du Palais et, encore moins, pardelà lesfrontières du pays. À cela, il y a de bonnes raisons, qui
ne relèvent pas seulement d’un royal dédain pour le monde en
dehors du méchouar, le « Conseil », c’est-à-dire l’enceinte du
pouvoir monarchique. Écrire un livre, c’est se livrer. La
décision a mûri en moi pendant des années. Maintenant que je
m’y suis résolu, je ne vais pas m’arrêter à mi-chemin. Dans lespages qui suivent, je ne mâche pas mes mots. Rien de ce que je
pense n’est dissimulé derrière des arabesques.
Pour autant, on cherchera en vain de « petites phrases », du
fiel distillé, des attaques ad hominem ou des secrets inavouables.
J’ai trop subi de pareilles bassesses pour m’y livrer à mon tour.
En revanche, un système opaque est décrit de l’intérieur avec le
franc-parlerqu’abhorre la société de cour au Maroc pour qui la

souplesse invertébrée et le verbe tarabiscoté tiennent lieu de
raffinement et de subtilité. Pour ma part, je préfère être direct : je
ne suis pas davantage le « prince rouge » que Mohammed VI
n’est le « roi des pauvres » – en ce qui le concerne, quinze ans
de règne devraient suffire pour en convaincre même leplus
jobard parmi nous. Quant au « prince rouge », il n’existe que
dans les miroirs déformants des médias. Je n’ai jamais été
communiste ou socialiste. Je ne suis même pas antimonarchiste
par principe, un « mauvais prince » en quelque sorte.
Cependant, je serais prêt à tirer un trait sur la monarchie
chérifienne si j’arrivais à la conclusion qu’ellen’est plus
d’aucune utilité pour les Marocains, qu’elle interdit toute
évolution vers la démocratie, la prospérité et l’État de droit.
Trancher cette question, c’est précisément l’objet de ce livre.
D’ores et déjà, je suis persuadé qu’il faut démanteler le
makhzen, c’est-à-dire notre pouvoir pseudo-traditionnel qui
cumule les tares du « despotismeoriental » et de la tyrannie
bureaucratique héritée de l’administration coloniale.
Je ne suis ni un républicain à tout crin ni – je revendique le
double sens – un monarchiste dans l’absolu. Je pourrais très
bien vivre dans une république marocaine, si ce régime me
paraissait la meilleure option pour mon pays. Et quand bien
même la république neserait pas la meilleure voie, l’adhésion à
la monarchie devra de toute façon être refondée sur de nouvelles
bases, plus saines. Mon point de départ est donc la question
suivante : que peut encore apporter au Maroc la monarchie
comme forme de gouvernance ? Que peut-elle sauvegarder, ou
mieux faire éclore, qu’un autre régime ? Je conçois sans drame
que, dans un contextehistorique donné, la réponse puisse être

défavorable à la monarchie. Mais je ne m’interdis pas non plus
de penser qu’après le Printemps arabe, la monarchie puisse
encore être utile au Maroc, c’est-à-dire « historiquement
productive » pour faire advenir la démocratie au moindre coût
humain, sans violences. C’est sur ce choix de fond que je veux
m’expliquer dansce livre.
De quelle façon ? En livrant ma vérité, toute ma vérité
d’homme et de prince, une fois pour toutes. C’est à prendre ou à
laisser, en partie ou en bloc. Cette décision appartient au lecteur,
et à lui seul, dès lors que je remplis ma part de notre contrat de
confiance. D’emblée, je vais donc être explicite. Je ne demande
à personne de s’engager pour moi mais...
Lire le document complet

Veuillez vous inscrire pour avoir accès au document.

Devenez membre d'Etudier

Inscrivez-vous
c'est gratuit !